Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par William Primo-Klein
Edition Hors Commerce - 216 pages
Sans
avoir de nostalgie de l’Empire, Albert Russo dépeint
un monde (l’Afrique Noire) qui n’existe plus. Son
lyrisme et son classicisme nous en rendent la perte irrémédiable.
Albert Russo est né dans les années 40 du XXe
siècle, au Zaïre, de mère Anglaise et de
père Italien. Il a travaillé dans les affaires,
et vécu en Afrique, aux Etats-Unis et en Europe. Il écrit
aussi bien en anglais qu’en français.
Son dernier texte, L'ancêtre noire, est paru aux Editions
Hors Commerce en décembre 2003, revient sur le terrain
de son enfance et nous livre une très belle réflexion
sur l’Afrique des années 60 et sur le sens des
origines.
Ce livre raconte l’enfance et l’adolescence de Léopoldine,
fille de colons, née au Congo Belge. Léopoldine
apprend à son adolescence qu‘elle a du sang noir
dans les veines. Cela va changer sa perception du monde et l’entraîner
dans une traversée des apparences au terme de laquelle
elle devra changer de vie. Mais peut-on changer "qui l’on
est" ?
Albert Russo est l’écrivain par excellence du métissage.
Nous allons du noir au blanc, de l’homme à la femme,
de l’Afrique à l’Amérique du Nord.
Par le biais d’un récit classique, il nous fait
réfléchir sur nos origines. La description qu’il
fait, par exemple, du Rwanda et de la région des Grands
Lacs incite à la réflexion.
Cette région, telle qu’il nous la décrit,
était l’une des plus belles au monde. Or, nous
la connaissons surtout aujourd’hui pour les massacres
qui ont eu lieu entre Hutus et Tutsis. Russo nous parle d’un
paradis perdu, là où nous nous souvenons de l’enfer.
Peut-on quand on est blanche faire l’amour avec un noir
sans qu’il y ait de conséquences ? Autre question
à avoir des incidences sur le texte.
Si vous découvrez Albert Russo, vous aurez quelques pistes
de réponses. Vous prendrez également connaissance
d’un écrivain qui n’a pas peur d’utiliser
un style flamboyant, un style lyrique qui frappe par son pouvoir
d’évocation.
Parfait analyste des couleurs, des odeurs, de la faune et de
la flore, Russo l’est également des mouvements
du cœur. Son portrait d’une jeune fille qui découvre
son corps et le monde est profond.
Y a-t-il une raison pour laquelle Albert Russo, qui vit en France,
n’est pas aussi connu et reconnu que Kundera ? Cette terre
d’asile dont nous sommes si fiers sait-elle encore reconnaître
ceux qui foulent son sol ?