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     LiVReS
 
EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES
Jonathan SAFRAN FOER

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

Editions de l’Olivier - 440 pages
Roman virtuose qui parle d’un petit génie malheureux et qui sait être bouleversant quand il arrête de jouer au virtuose.


Il y a des romans que l’on dévore comme si notre faim était insatiable. Et puis il y a des romans avec lesquels on entretient une conversation, comme s’il s’agissait d’êtres humains. Extrêmement fort et incroyablement près, le deuxième roman de Jonathan Safran Foer fait partie de cette seconde catégorie.

Safran Foer est un des écrivains les plus talentueux de sa génération. Il n’a pas encore trente ans et bénéficie d’une image flatteuse de génie. Il a du talent à revendre et une générosité qui peut le pousser à la virtuosité. Aussi trouve-t-on dans son roman des pages d’une beauté à couper le souffle, mais aussi des jeux parfois gratuits sur la typographie d’une page.

Cela étant, ce roman a le mérite de réellement se coltiner avec le traumatisme du 11 septembre 2001 à New York. Il a également la sagesse de relier cet événement apocalyptique avec ceux qu’ont vécu les "habitants" du XXe siècle (seconde guerre mondiale). Le 11 septembre n’est pas un événement unique, il doit être mis en parallèle.

Ce livre a pour personnage central Oscar Schell, un jeune garçon de neuf ans, dont le père est mort dans la chute des Twin Towers. Oscar ne peut se faire à l’idée que son père n’est plus. Fouillant dans ses affaires, il découvrira une clé. Il partira à la recherche de ce que cette clé peut ouvrir et ce voyage initiatique lui permettra peut-être de faire son deuil.

Ce livre laisse à part égale la voix aux grands-parents d’Oscar, qui ont traversé des épreuves insurmontables et en sont ressortis avec des blessures à vif. Ce sont des personnages blessés, qui s’imposent des règles et des lois qui leur rendent la vie impossible. Des estropiés volontaires. Plus qu’Oscar dont le caractère de petit génie empêche l’émotion, ils nous touchent et rendent troublante la lecture du livre.

Jonathan Safran Foer est l’un des authentiques écrivains qui essaient de rénover la forme pour qu’elle s’associe au fond. Il y a dans son texte des trouvailles réjouissantes comme une lettre corrigée au stylo-bille rouge, etc.

Innovateur, défricheur, le roman pèche par ses qualités et son ambition, on sent que Safran Foer est un auteur en devenir qui n’a pas encore donné tout ce qu’on peut attendre de lui. Et il n’y a nul doute sur le fait que Safran Foer va nous donner d’ici dix ou quinze ans des œuvres inoubliables.

En attendant, pour peu que l’on oublie certaines facilités, ce roman nous entraîne dans un conte cruel, loufoque, un voyage initiatique peuplé de vieux et malins génies, un voyage qui nous permet de prendre des nouvelles de New York, qui panse ses plaies.

Voilà : en définitive, ce roman lui aussi (comme toute l’Amérique depuis cinq ans) panse ses plaies. Nul ne connaît le temps de la cicatrisation.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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