Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Stéphane Estournet et Sean Seago
Série Noire - 280 pages
Turner,
ancien flic à Memphis, où "il avait le meilleur
taux d'élucidations d'homicides de toute la police", s'est
cloîtré, solitaire, dans une petite bourgade du Tennessee.
"Par ici, les gens ne bougent pas vite. Ils grandissent en apprenant
à respecter les maisons d'autrui, leurs terres et leurs vies
privées, à ne pas franchir les lignes, dont certaines
sont invisibles. Et à respecter l'histoire du coin. Ils se
glissent, comme ils disent, se faufilent au cœur des choses.
Peut-être la raison pour laquelle j'avais choisi de m'installer
ici."
Un soir, le sheriff prend la peine de rouler jusque chez lui. Ils
éclusent du whisky, sous le porche et commencent à discuter
du coin jusqu'au moment où le sheriff lâche le morceau
: "A vrai dire, j'espérais pouvoir vous convaincre de
nous aider. Une affaire de meurtre." Et des plus moches : un
jeune vagabond empalé sur un pieu…
"Tout ce que je voulais, c'est qu'on me laisse tranquille, et
j'avais pris toutes les mesures en ce sens. M'éloignant rarement
de ma cabane, me faisant livrer mes provisions. Être de nouveau
au cœur d'une enquête, avoir à fouiller dans la
vie, la confusion et les incartades d'autres gens, la folie d'autres
gens, l'esprit d'autres gens étaient bien la dernière
chose que j'aurais souhaitée." Mais le sheriff et ses
collègues sont sympathiques et Turner sort de sa retraite…
James Sallis est brillant et le premier épisode de cette nouvelle
série le montre une fois de plus. Alternant habilement le récit
de l'enquête et celui du déroulement de la vie de Turner,
le grand Sallis vous embarque avec son style redoutable (dès
les premières pages, avec une économie de mots, il pose
l'ambiance, vous vous retrouvez à discuter avec les deux flics
sous le porche). Beaucoup plus classique que la saga de Lew Griffin
(mais pourquoi tant de gens n'ont-ils pas lu ces livres qui font partie
du meilleur du roman noir contemporain ?), cette dernière semble
bien prometteuse et on attend, comme toujours, la suite avec impatience.