Tous
les Périgourdins le savent (et je sais de quoi je parle),
la Dordogne est devenue, ces quinze dernières années,
la seconde patrie préférée de nos amis
Anglais. On ny compte plus les fermes en ruine remises
à neuf, les touristes de plus en plus nombreux et les
retraités à laccent "distingué".
Manifestement, Louis Sanders, jeune quadra né à
Paris mais "exilé" dans ces contrées
reculées, a aussi observé le phénomène
et en profite pour en faire le cadre de ses romans (le troisième
déjà, après Février et Comme des
hommes), tous parus chez Rivages Noir.
Dans Passe-temps pour les âmes ignobles, il met en scène
des spécimens typiques (caricaturaux ?) de nos voisins
grands-bretons : Carter, le petit retraité calculateur
marié à une française hypocondriaque ;
Olson, la quarantaine travailleuse et rugueuse ; McGuire, le
gendre de bonne famille, escroc à la petite semaine ;
et Lord Bollington, aristocrate de fraîche date et rustre
patenté. Ces quatre-là ne se connaissaient pas
avant quun mystérieux écrivain ne dévoile
leurs turpitudes passées dans un roman sulfureux. Bien
sûr, ils y sont présentés sous un pseudonyme,
mais impossible de sy tromper, cest bien deux
dont il sagit. Dès lors, pas dautre issue
possible que de sunir pour retrouver et mettre hors détat
de nuire ce gêneur qui pourrait avoir la fantaisie de
continuer ses révélations dans un deuxième
roman.
Ce polar habile, à la progression dramatique maîtrisée,
nous fait parcourir les routes sinueuses de la région,
de Saint Saud à Thiviers ou à Champagnac, et explorer
les méandres de la pensée soupçonneuse,
rapidement paranoïaque, de ces quatre hommes traqués.
Petit à petit, les personnalités se dévoilent,
les doutes sinstallent, les rivalités sexacerbent
et finissent par tout emporter sur leur passage.
Un bon polar, donc, qui sent bon les sous-bois, lomelette
aux ceps et la messe du dimanche vue du bistrot den face.