Le
démon serait, selon les amateurs de Selby, son œuvre
la plus accomplie. C'est incontestablement le cas. C'est glauque,
déprimant, voire même carrément insoutenable,
mais merveilleusement beau.
L'œuvre de Selby reste marquée par les douloureux
moments de sa propre existence. C'est pourquoi il paraît
indispensable de parler de l'auteur avant d'aborder son œuvre.
C'est donc en 1928, par un joli jour de juillet, que naquît
Hubert Selby Jr. 1928, année de la Grande Dépression,
qui fût suivie de la crise de 1929. Mauvais présage
? Certainement. Car la vie ne lui épargnera rien. La
douleur, ça le connaît. A l'age de 15 ans, Selby
décide de quitter le cocon familial pour s'engager dans
la marine marchande. Il en reviendra 4 ans plus tard, un poumon
et 11 côtes en moins, avec, en prime, une addiction à
la morphine. Séquelles d'une tuberculose - alors presque
toujours fatale - contractée en Allemagne. Il sera par
la suite hospitalisé à de nombreuses reprises,
et plusieurs fois laissé pour mort par les médecins.
Mais Selby est un survivant, tout comme ses personnages. Et
c'est cette même rage de vivre qu'il saura leur insuffler.
Cependant, le mal qui les ronge est tout autre. Un mal indicible,
qui s'infiltre de l'intérieur, un mal bien plus destructeur,
auquel seule la mort saura remédier.
Un homme obsédé est un homme possédé
du démon.
Harry White, le héros du Démon, est un Don Juan
des temps modernes. Il est beau, il est jeune et il est ambitieux.
Il demande beaucoup à la vie, et la vie le lui rend bien.
Tout est rose... ou presque. Car malgré une situation
enviable, Harry n'est pas heureux. Il est tendu, nerveux, et
rien ni personne - pas même sa femme et ses enfants -
ne semble pouvoir l'aider. Harry se trouve pris au milieu de
la tourmente de son âme, et doit, pour la soulager, satisfaire
des besoins (obsessions) morbides, qu'il répète
périodiquement, et dont il se sent coupable, mais qui,
indéniablement, le soulagent temporairement. Cela commence
avec les femmes, se poursuit par des larcins... et s'achève
dans un bain de sang. Du Selby, du pur.
"Si vous atteignez le rêve américain - disons
: vivre dans un endroit paisible où il ne se passe rien
- vous êtes mort. Si vous cherchez à atteindre
le rêve américain, vous êtes mort aussi,
sauf que là, vous n'en savez rien."