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UN SCHMOCK A BABYLONE
Gérald SHAPIRO

Traduit de l’anglais par Michel Lederer

Albin Michel - 250 pages
DESCENTES AUX ENFERS
Deux courts romans qui nous content la même descente aux enfers avec un humour dans la veine de Woody Allen.



De Gerald Shapiro, l’auteur d’Un schmock à Babylone, on sait peu de choses. Il enseigne la création littéraire dans une université du Nebraska. Sa femme est écrivain et enseigne dans la même université. Il doit approcher de la cinquantaine et a publié deux recueils de nouvelles (l’un est disponible en 10/18 sous le titre Les mauvais juifs) ainsi qu’une étude sur la littérature juive américaine contemporaine.

Cela tombe bien car Un schmock à Babylone confirme que Shapiro appartient à cette famille-là, celle des Saul Bellow, Philip Roth ou Bernard Malamud. Une école qui montre des personnages moyens plongés dans des histoires qui les dépassent et dont ils ont du mal à sortir indemnes. Des histoires qui ont pour trait commun de nous faire rire tout en nous donnant envie de pleurer.
Shapiro nous livre deux très longues nouvelles ou deux romans courts, c’est selon.

Ira Mittelman est restaurateur de livres anciens. Son seul plaisir dans la vie est le vendredi soir où il dîne et fait l’amour avec son ex-femme. Ira garde depuis plusieurs mois dans ses affaires un carton contenant les cendres de son père. Il a juré à celui-ci de les disperser dans le camp de scouts où il est allé pendant sa jeunesse.
Leo Spivak est un jeune publicitaire engagé dans une grande agence. Il a 32 ans, sa femme attend un enfant. Et lui, il stresse à cause de son boulot. Quand il dort, il se met à rêver au président Reagan. C’est normal, nous sommes en 1982. On va lui proposer d’assister à la conception et au tournage d’une publicité vantant les mérites des sprays intimes pour les filles de 10-12 ans. L’occasion pour lui de goûter aux voyages en avion, en première classe et de se goinfrer de cocaïne.

Le calice jusqu'à la lie

En fait, ces deux histoires nous sont racontées comme des descentes aux enfers. Qui a dit qu’on ne devait pas rire dans une descente aux enfers ? Seulement, ici, le rire se teinte de désespoir. Le titre original (Little men : De petits hommes) montre bien que pour Shapiro, il n’y a aucune transcendance. Les deux personnages boiront le calice jusqu’à la lie. Dans un univers où nous n’avons de prise sur rien, ni évènements, ni personne, autant avaler les couleuvres qu’on nous donne à manger comme s’il s’agissait de plats divins.

Shapiro va loin dans l’ironie. Ses histoires nous inspirent de la tendresse, de la pitié mais aussi de la compassion. Nous sommes plus proches de Woody Allen, quand il interprète des ratés touchants que des Marx Brothers.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juin 2003
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