DESCENTES
AUX ENFERS
Deux courts romans qui nous content la même descente aux
enfers avec un humour dans la veine de Woody Allen.
De
Gerald Shapiro, l’auteur d’Un schmock à Babylone,
on sait peu de choses. Il enseigne la création littéraire
dans une université du Nebraska. Sa femme est écrivain
et enseigne dans la même université. Il doit approcher
de la cinquantaine et a publié deux recueils de nouvelles
(l’un est disponible en 10/18 sous le titre Les mauvais
juifs) ainsi qu’une étude sur la littérature
juive américaine contemporaine.
Cela tombe bien car Un schmock à Babylone confirme que
Shapiro appartient à cette famille-là, celle des
Saul Bellow, Philip Roth ou Bernard Malamud. Une école
qui montre des personnages moyens plongés dans des histoires
qui les dépassent et dont ils ont du mal à sortir
indemnes. Des histoires qui ont pour trait commun de nous faire
rire tout en nous donnant envie de pleurer.
Shapiro nous livre deux très longues nouvelles ou deux
romans courts, c’est selon.
Ira Mittelman est restaurateur de livres anciens. Son seul plaisir
dans la vie est le vendredi soir où il dîne et
fait l’amour avec son ex-femme. Ira garde depuis plusieurs
mois dans ses affaires un carton contenant les cendres de son
père. Il a juré à celui-ci de les disperser
dans le camp de scouts où il est allé pendant
sa jeunesse.
Leo Spivak est un jeune publicitaire engagé dans une
grande agence. Il a 32 ans, sa femme attend un enfant. Et lui,
il stresse à cause de son boulot. Quand il dort, il se
met à rêver au président Reagan. C’est
normal, nous sommes en 1982. On va lui proposer d’assister
à la conception et au tournage d’une publicité
vantant les mérites des sprays intimes pour les filles
de 10-12 ans. L’occasion pour lui de goûter aux
voyages en avion, en première classe et de se goinfrer
de cocaïne.
Le calice jusqu'à la lie
En fait, ces deux histoires nous sont racontées comme
des descentes aux enfers. Qui a dit qu’on ne devait pas
rire dans une descente aux enfers ? Seulement, ici, le rire
se teinte de désespoir. Le titre original (Little men
: De petits hommes) montre bien que pour Shapiro, il n’y
a aucune transcendance. Les deux personnages boiront le calice
jusqu’à la lie. Dans un univers où nous
n’avons de prise sur rien, ni évènements,
ni personne, autant avaler les couleuvres qu’on nous donne
à manger comme s’il s’agissait de plats divins.
Shapiro va loin dans l’ironie. Ses histoires nous inspirent
de la tendresse, de la pitié mais aussi de la compassion.
Nous sommes plus proches de Woody Allen, quand il interprète
des ratés touchants que des Marx Brothers.