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     LiVReS
 
18 SECONDES
George D. SHUMAN

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Raphaëlle Dedourge

Panama - 400 pages
Sherry Moore est aveugle et possède un don plutôt pratique - et angoissant - : en prenant la main d’un cadavre, elle peut voir les dix-huit dernières secondes de sa vie. Ainsi est-elle fréquemment contactée par diverses forces de police américaine pour tenter d’élucider certains meurtres particulièrement complexes. Et un meurtre particulièrement complexe, c’est précisément ce à quoi est confronté le lieutenant Kelly O’Shaughnessy dans la petite station balnéaire de Willwood, à quelques milliers de kilomètres de là.

Quand on lit la 4e de couverture de ce pavé, on désespère. Introduite par un sous-titrage criard qui tente d’en faire la bande-annonce, la présentation de ce premier roman a toutes les qualités d’un best-seller annoncé qu’on voudrait vous vendre à tout prix - pour qu’il devienne un best-seller, vous avez compris. On ouvre donc, méfiant, les premières pages de ce polar destinée à plaire et… force est de constater que les dix-huit premières lignes sont plutôt bien foutues. Comme la suite d’ailleurs. Là où on pensait rencontrer un sous-fifre de la génération post-King, on trouve un petit trésor d’écriture, chose plutôt rare dans l’industrie de thriller made in US. Et donc, un thriller très réussi qui, certes, fait le grand écart entre les grandes séries du genre, mais surtout trouve une place en haut du panier par sa grande qualité narrative.

On ne patauge pas des plombes dans un marécage psychologique jouant sur le prix du papier, on ne tombe pas dans la pathologie sanglante du tueur en série assoiffé dont les pratiques usent notre sens du sadisme. Shuman reste d’une impressionnante objectivité et d’un savoir-faire délicieux. Le Lieutenant de police est une femme, qu’importe, elle agit comme un lieutenant de police et ne cherche pas des heures durant à imposer, contre le sexisme ambiant, sa marque de fabrique. Quant à l’aspect un peu surnaturel de l’extralucide non-voyante, généralement pièce maîtresse d’un terrifiant manque d’imagination et facilité de dernière minute quand la police a vraiment tout essayé et qu’il ne reste plus que cinquante pages avant l’échec, là encore, Shuman nous apporte ça avec un naturel et une conscience surprenants.

D’ailleurs, ce ne sont ni O’Saughnessy, ni Moore qui font la gloire principale de ces 18 secondes. C’est Earl Sykes, le tueur, personnage détruit par la prison, dont le passé - longue liste de meurtres commis avec sa compagne de l’époque et jamais élucidée par la police - nous est livré en bloc avant qu’il ne débarque dans cette histoire pour mettre la croisette de Willwood à sang.

Il n’y a rien de mieux à dire sur le premier livre de George D. Shuman, si ce n’est repérer qu’il est une surprise et que, contrairement à pas mal de ses contemporains de calibrage, il vaut le coup de dépasser sa publicité.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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