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LES CHIENS DE L’HIVER
Dan SIMMONS

Traduit de l’anglais par Guy Abadia

Editions du Rocher - 330 pages

Vous aimez les trains fantômes ? Vous aimez les références mythologiques ? Vous cachez des cadavres dans vos placards? Vous connaissez Dan Simmons ?


Dan Simmons, né à Peoria dans l’Illinois en 1948, est à la fois l’une des plumes les plus fécondes en matière de best-sellers américains et un écrivain alternant ou cumulant subtilité et force narrative. Imaginez un Stephen King qui délaierait un peu moins ses récits et saurait alterner science-fiction, polar ou fantastique. L’efficacité et la force de frappe, la culture et l’intelligence, voilà notre homme.

Son premier roman paraît en 1982. Depuis, il a publié le cycle d’Hyperion, connu par tous les amateurs de science fiction, et L’échiquier du mal, un pavé de 1 000 pages qui vous privera de sommeil. Dan Simmons est extrêmement productif et il publie un ou deux ouvrages par an. Tout n’est pas du même tonneau.

Avec Les chiens de l’hiver, nous sommes dans une veine excellente. Simmons reprend des personnages tirés d’un roman précédent (Nuit d’été), mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu le roman précédent pour plonger dans celui-ci.

Dale Stewart a la cinquantaine. Universitaire, il a écrit des romans sur le personnage d’un trappeur. Mais aujourd’hui, alors que sa vie a basculé, il éprouve le besoin de se ressourcer et d’écrire sur cet été de 1961 où il avait dix ans et où son meilleur ami Duane a été tué. Ajoutons que le roman est raconté par Duane, qui en est le narrateur.

Un portrait saisissant de l’Amérique

Qu’est-il arrivé à Dale ? Sa femme l’a quitté, sa maîtresse aussi. Il a fait une tentative de suicide. Il est à la dérive. Voilà pourquoi il revient s’isoler à Elm Haven, dans la ferme de son ami Duane. Bien mal lui en prend. L’hiver dans l’Illinois n’a pas l’air d’une franche gaieté. Il neige. Vous découvrirez que le lieu où se situe l’action ressemble à l’enfer. Vous croiserez des revenants, des morts vivants, des chiens qui grossissent jusqu’à devenir des monstres, des personnes qui sont vivantes et d’autres qui sont mortes.

Comme Stephen King, Dan Simmons nous dresse un portrait saisissant de l’Americana. Cet American way of life qui fait froid dans le dos. Il montre sans détour les dégénérés (les jeunes skins qui assaillent Dale…), les gens qui passent leur vie dans le même petit patelin. Surtout, il situe son récit dans un endroit qu’il connaît intimement et cela donne une patine d’authenticité.

Parallèlement, ce roman est une plongée assez savante dans les récits qui fondent l’imaginaire anglo-saxon. Un peu comme si vous lisiez un excellent polar français où il serait fait référence à La chanson de Roland.

Certains pensent que Dan Simmons écrit à la truelle. Il est de coutume de se moquer des sorciers qui vous entraînent dans un tourbillon dont on ressort échevelé et la chemise hors du pantalon. Mais comme on ne veut pas avouer qu’on est impressionné, on minaude : « Bof ! ».

Allons, allons, ne faisons pas nos timides. Bouclons nos ceintures et embarquons sur le grand huit.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2003

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