| Vous
aimez les trains fantômes ? Vous aimez les références
mythologiques ? Vous cachez des cadavres dans vos placards?
Vous connaissez Dan Simmons ?
Dan Simmons, né à Peoria dans l’Illinois
en 1948, est à la fois l’une des plumes les plus
fécondes en matière de best-sellers américains
et un écrivain alternant ou cumulant subtilité
et force narrative. Imaginez un Stephen King qui délaierait
un peu moins ses récits et saurait alterner science-fiction,
polar ou fantastique. L’efficacité et la force
de frappe, la culture et l’intelligence, voilà
notre homme.
Son premier roman paraît en 1982. Depuis, il a publié
le cycle d’Hyperion, connu par tous les amateurs de
science fiction, et L’échiquier du mal, un pavé
de 1 000 pages qui vous privera de sommeil. Dan Simmons est
extrêmement productif et il publie un ou deux ouvrages
par an. Tout n’est pas du même tonneau.
Avec Les chiens de l’hiver, nous sommes dans une veine
excellente. Simmons reprend des personnages tirés d’un
roman précédent (Nuit d’été),
mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu
le roman précédent pour plonger dans celui-ci.
Dale Stewart a la cinquantaine. Universitaire, il a écrit
des romans sur le personnage d’un trappeur. Mais aujourd’hui,
alors que sa vie a basculé, il éprouve le besoin
de se ressourcer et d’écrire sur cet été
de 1961 où il avait dix ans et où son meilleur
ami Duane a été tué. Ajoutons que le
roman est raconté par Duane, qui en est le narrateur.
Un portrait saisissant de l’Amérique
Qu’est-il arrivé à Dale ? Sa femme l’a
quitté, sa maîtresse aussi. Il a fait une tentative
de suicide. Il est à la dérive. Voilà
pourquoi il revient s’isoler à Elm Haven, dans
la ferme de son ami Duane. Bien mal lui en prend. L’hiver
dans l’Illinois n’a pas l’air d’une
franche gaieté. Il neige. Vous découvrirez que
le lieu où se situe l’action ressemble à
l’enfer. Vous croiserez des revenants, des morts vivants,
des chiens qui grossissent jusqu’à devenir des
monstres, des personnes qui sont vivantes et d’autres
qui sont mortes.
Comme Stephen King, Dan Simmons nous dresse un portrait saisissant
de l’Americana. Cet American way of life qui fait froid
dans le dos. Il montre sans détour les dégénérés
(les jeunes skins qui assaillent Dale…), les gens qui
passent leur vie dans le même petit patelin. Surtout,
il situe son récit dans un endroit qu’il connaît
intimement et cela donne une patine d’authenticité.
Parallèlement, ce roman est une plongée assez
savante dans les récits qui fondent l’imaginaire
anglo-saxon. Un peu comme si vous lisiez un excellent polar
français où il serait fait référence
à La chanson de Roland.
Certains pensent que Dan Simmons écrit à la
truelle. Il est de coutume de se moquer des sorciers qui vous
entraînent dans un tourbillon dont on ressort échevelé
et la chemise hors du pantalon. Mais comme on ne veut pas
avouer qu’on est impressionné, on minaude : «
Bof ! ».
Allons, allons, ne faisons pas nos timides. Bouclons nos
ceintures et embarquons sur le grand huit.
Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2003
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