Vous
aimez les hommes, les vrais ? Vous êtes prêt à
vous faire hacher menu plutôt que de trahir un secret
? Voilà un roman qui va vous remonter le pantalon jusqu’aux
amygdales.
Il y a une longue tradition dans le roman policier américain
qui met en scène un détective privé intransigeant,
continuant une enquête semée d’embûches
alors même que tout s’acharne contre lui. Ces récits
ont eu beaucoup de succès dans les années 30 du
XXe siècle sous le nom de hard-boiled et Dashiell Hammett
les a transcendés par un style sec et sans concession.
Dan Simmons nous livre la deuxième aventure de Joe Kurtz,
Hard freeze traduit par Revanche (!). Il poursuit brillamment
la tradition.
Non content d’être l’auteur d’une saga
de science-fiction (Endymion), le monsieur exerce ses talents
dans les récits fantastiques et d’aventure. Il
a également signé un chef d’œuvre inclassable
dont la maîtrise et la violence vous feront vivre à
cent à l’heure, L‘échiquier du mal.
Comme nous sommes entre nous, il faut avouer quelque chose :
Revanche est un livre qui me semble plus particulièrement
destiné aux garçons. C’est la quintessence
du livre qui plait aux garçons parce que le héros
est l’incarnation de leurs fantasmes : moi aussi, je veux
être intelligent, affûté, musclé et
avoir un kilomètre d’avance sur les méchants.
Cela dit, si les filles veulent savoir ce qui brille au fond
du cerveau tortueux de leur ami, elles peuvent s’immerger
dans Revanche, un polar où la mort ne met pas de gants
et où la psychologie est taillée à la serpe.
Oh que c’est bon !
Joe Kurtz a fait plusieurs années de prison pour avoir
tué ceux qui avaient dégommé sa collaboratrice
et compagne. Au sortir de taule, il s’est fait des ennemis
dans la mafia locale. Quand commence le récit, nous sommes
en plein hiver. Il gèle à pierre fendre, il neige
et Kurtz passe son temps à se dépêtrer des
contrats qu’on a placés sur sa tête. Un violoncelliste
noir, miné par le cancer, va lui demander de retrouver
le meurtrier et violeur de sa fillette. Un pervers soit-disant
mort dans un incendie, dix ans auparavant.
Comme dans tout excellent polar, la galerie de personnages est
la fois attachante et pittoresque. Arlene la secrétaire
de Kurtz ou Pruno, un SDF héroïnomane, ex-professeur
d’université. On retrouve aussi la famille Farino
avec laquelle Kurtz a quelques petits soucis.
Tout culminera dans quelques scènes d’anthologie
que Peckinpah aurait certainement appréciées.
Voilà donc un roman sévèrement burné
et qui ne vous encombrera pas de dentelles ou de fanfreluches.
Simmons y démontre que son talent est multiforme. Il
s’attaque à tous les genres et triomphe de l’adversité.
Dur, dur pour Stephen King.