Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Thierry Marignac
Rivages - 350 pages
Survolté,
sur-vitaminé, noir, déjanté, bref complètement
délirant : Jerry Stahl livre un roman que vous n'êtes
pas prêt d'oublier !
"Zank se rendait compte, avec un éclair d'angoisse,
qu'avoir caché la clé de son avenir radieux dans
le lit de sa mère, entre l'alèse de plastique
qui protégeait le matelas et celui-ci, n'avait pas été
l'idée la plus brillante de sa carrière".
Comme quoi on peut être rongé par le crack, amoindri
par l'alcool et avoir encore un peu de lucidité…
mais ce sont ses derniers moments de lucidité à
Zank, qui va définitivement péter les plombs.
Pour retrouver "la clé de son avenir radieux",
il ne va pas hésiter à suspendre sa mère
par la fenêtre en la tenant par les pieds pour qu'elle
parle… et la laisser tomber vu qu'elle ne le fait pas
!
Mais ils (et oui, Zank est assisté par son pote son pote
McCardle, "portrait craché de Dean Martin, en admettant
que Dean Martin ait été afro-américain…)
sont quand même sur une piste, "la clé de
son avenir radieux" ayant peut-être été
volée par Tina Podolsky, une bien étrange infirmière.
Etrange ? Imaginez plutôt : elle prépare une petite
décoction de verre pilé et soude, qu'elle verse
dans les céréales matinales de Zank et que ce
dernier avale ! "C'est encore croustillant, observa-t-il
joyeusement […] Jusqu'à ce qu'il en parle, la soude
liquide et le verre pilé étaient complètement
sortis de l'esprit de Tina. Ce n'était pas la première
fois qu'elle agrémentait sa nourriture, mais c'était
la première qu'elle ne jetait pas le contenu de l'assiette
à la poubelle au dernier moment." Allez expliquer
ça à la police ensuite…
Mais le miracle arrive (si de miracle on peut parler), en la
personne de l'inspecteur Manny Rubert ("Il haïssait
l'idée même de la police presque autant qu'il se
haïssait lui-même d'en faire partie. Il s'était
toujours dit qu'il y avait des gens qui se choisissaient un
destin, et ceux qui finissaient par en avoir un. Il se voyait
plutôt dans la deuxième catégorie.").
Rubert, dès le premier regard va tomber amoureux de Tina
et ça va arranger les choses question procédure.
Mais question Zank et McCardle, ça va être une
autre paire de manches, car ils sont déchaînés,
violents et sanguinaires, les deux collègues, et ils
tiennent sacrément à récupérer "la
clé de leur avenir radieux"…
C'est quoi cette clé, me direz-vous ? Ho, trois fois
rien, une photo de nu : "En haut, bizarrement, c'était
Georges Bush fils souriant, écervelé, avec l'expression
de perplexité joviale qu'il arborait quand on lui posait
une question de politique étrangère. Au même
niveau que les testicules proéminents de George W., l'air
tout aussi guilleret, se trouvait Margaret Beeman, maire du
Haut-Marylin depuis 1995." Le Haut-Marylin, est l'endroit
où se passe le livre et Margaret n'est autre que l'ancienne
femme de Manny !
Ce livre est de la folie furieuse. Survolté, sur-vitaminé
(même si on prend plus de drogues, alcool et medocs qu'autre
chose), au rythme endiablé (Zank et McCardle, c'est la
cavale sanglante), plein d'humour et au style relevé
: "Elle fit le serment muet de prendre sa revanche sur
ce salopard d'Anglo, même s'il fallait pour cela traverser
un continent entier jonché de débris de verre
avec des pantoufles en papier-calque"… Bref, c'est
complètement délirant. Stahl n'en est pas à
son premier livre, on espère que les autres sont du même
tonneau et qu'ils seront aussi traduits chez Rivages.