Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Anne Rabinovitch
Plon - 614 pages
Dix
ans après le succès planétaire du Maître
des illusions, Donna Tartt publie son second roman : 600 pages
décevantes pour une histoire originale qui méritait
mieux.
On a longtemps cru que Donna Tartt serait l'auteur d'un seul
livre : Le maître des illusions. Paru en 1993, ce premier
roman d'une jeune universitaire inconnue s'était hissé
au sommet des classements des meilleures ventes tout en bénéficiant
de 25 traductions et d'une critique unanimement élogieuse.
Un coup d'éclat sans lendemain puisque depuis cette époque
aucune autre publication n'était venue étoffer
cette œuvre naissante. De nature discrète, la romancière
avoue aujourd'hui qu'elle a eu besoin de retrouver le calme
et la vie tranquille nécessaire à son travail
d'écriture.
La publication de son deuxième roman était donc
attendue avec impatience et son arrivée dans nos librairies
n'est pas passée inaperçue.
Hélas, Le petit copain n'est pas, loin s'en faut, à
la hauteur du Maître des illusions. Si l'histoire et les
personnages recèlent un potentiel intéressant,
Donna Tartt a cru devoir, comme pour son premier roman, viser
la course de fond (plus de 600 pages) quand un court récit
aurait mieux convenu. On s'ennui donc ferme à la lecture
des mésaventures de la jeune Harriet, 12 ans, qui, dans
l'Amérique "sudiste" des années 70,
va se fourrer dans un sacré pétrin en cherchant
à venger son frère Robin, décédé
alors qu'elle était bébé.
Harriet a peu connu son frère aîné dont
la pendaison, quelques années plus tôt (crime ou
accident ?), le jour de la fête des mères, a traumatisé
durablement la famille. Du haut de ses lectures romanesques
et de ses emportements de garçon manqué, Harriet
se persuade que Danny Ratcliff, l'ancien petit copain de son
frère, est le véritable responsable de sa mort
et elle entreprend, avec l'aide de son ami Hely, de chercher
le moyen de le tuer.
Si les personnages et le climat général du roman
sont une vraie réussite, on ne peut pas en dire autant
de la lenteur de la narration et des interminables digressions
gratuites, qui n'ont d'autre intérêt que d'accroître
l'épaisseur d'un ouvrage qui aurait gagné à
être divisé par trois ! L'effet radical de ce choix
abouti rapidement à désintéresser totalement
le lecteur qui perd toute empathie pour des caractères
qui méritaient mieux. Seuls les plus courageux et les
plus résistants (ou les plus consciencieux), ceux qui
auront survécus à la longue traversée du
désert d'un roman sans ressort, profiteront du sursaut
salutaire des 100 dernières pages. Il est malheureusement
beaucoup trop tard, à ce moment-là, pour faire
oublier au lecteur les interminables longueurs qui ont précédé.
Et pas question de mettre ça sur le compte de la traduction
: Donna Tartt maîtrise parfaitement notre langue et a
été étroitement associée au travail
de Anne Rabinovitch…
Evitez donc soigneusement ce Petit copain là, et lisez
ou relisez plutôt Le maître des illusions en attendant
(10 ans ?), la prochaine tentative de Mademoiselle Tartt.