Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Pierre Alien
Pocket - 704 pages
Paru
en 1993, Le maître des illusions avait connu un succès
exceptionnel pour un premier roman. Retour sur un ouvrage qui
ne méritait pas tant d'honneurs.
Pour avoir fait les choses à l'envers, on se sentait
un peu coupable. Avoir dit tout le mal que l'on pensait du second
roman d'une auteure par ailleurs encensée nous laissait
un petit goût d'inachevé. Après tout, il
fallait peut-être avoir lu Le maître des illusions
pour mieux comprendre/apprécier Le
petit copain. Alors, pour en avoir le cœur net, on
a fait l'exercice. On s'est plongé dans le premier pavé
de la jeune (à l'époque de la parution) américaine
en se disant que l'on y trouverait sans doute les raisons de
son succès.
Peine perdue. Ce premier ouvrage présente les mêmes
symptômes que le second : une intrigue aussi mince que
l'ouvrage est épais, un style affreusement approximatif
(mais la traduction y a sans doute sa part de responsabilité)
et une persistante impression de déjà vu qui n'arrange
rien.
C'est en effet du côté du Cercle des poètes
disparus (voire de Petits meurtres en amis) que l'on retrouve
Richard Papen, étudiant d'Hampden, une université
du Vermont. Californien issu d'un milieu modeste, il découvre
auprès de ses camarades l'argent facile, la suffisance
du pouvoir et du savoir, la corruption intellectuelle. Mais,
ce sont surtout les étranges pratiques sataniques de
son petit cercle de relations qui vont très vite tourner
au drame et l'entraîner malgré lui dans une tragédie.
Noir, froid, cynique et désabusé, le premier roman
de Dona Tartt est ambitieux mais ne tient pas les promesses
de sa quatrième de couverture. On se perd en interminables
digressions, on s'ennuie ferme à suivre les errances
alcoolisées et enfumées des personnages principaux,
mais on ne s'attache jamais à l'un ou l'autre des protagonistes.
Alors, si l'on se refuse à abandonner notre longue pénitence
littéraire, c'est mû par la conviction que l'auteure
cherche à nous dire quelque chose, s'apprête à
nous faire, à la toute fin de son récit, l'ultime
révélation qui, sublime alchimie, transformera
en or les 700 pages de plomb que l'on est en train de subir.
Rien de tout cela malheureusement : le rebondissement de la
dernière page n'a pour résultat que d'accroître
encore un peu notre perplexité.
Dès lors, s'impose à nous la seule explication
plausible au phénomène littéraire Dona
Tartt : le maître des illusions, c'est elle !