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SALLE D’EMBARQUEMENT
Chad TAYLOR

Traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Isabelle Chapman

Christian Bourgois - 252 pages
Mark Chamberlain est cambrioleur. Plutôt doué dans sa branche, il entre chez les gens avec une déconcertante facilité, s’y promène en toute tranquillité et y vole "tout ce qui n’est pas cloué au sol". Un soir, l’une de ses visites l’emmène dans un appartement qu’il n’espérait pas violer : celui des parents de Caroline May. Vingt ans plus tôt, Caroline May disparaissait de chez elle et de la surface du globe. Toute la petite ville dont elle était originaire s’était mobilisée pour fouiller la côte à sa recherche. Mark, son ami le plus proche, avait à cette époque développé ses premières tentatives dans l’art de voler les honnêtes gens. Dans le Aukland d’aujourd’hui, Mark voit alors remonter le mystère Caroline May.

Ouvrir un roman de Chad Taylor est rarement un acte simple. On ne lit pas ce Néo-zélandais comme le premier polar venu. On y entre, pas à pas, on se laisse avoir par un style descriptif qui ne laisse rien au hasard. Ce qui prime chez Taylor, c’est l’immersion, presque au-delà de l’histoire. Avec Shriker, son premier roman traduit en France, puis le second, Electric, on avait déjà parcouru avec délice ces pages rares de précisions. Salle d’embarquement s’engouffre dans la même veine. Les allers-retours entre passé et présent nous embarquent dans une narration qui évoque De beaux lendemains de Russell Banks. Le ton donne envie de réécouter en boucle le lancinant album A secret life qu’Angelo Badalamenti avait composé en 1995 pour Marianne Faithfull. Bref, Chad Taylor nous donne une sorte d’ivresse de lecture un rien cafardeuse, avec ce Mark Chamberlain complètement largué dans sa dépendance au larcin de haut vol, étude troublante du caractère intrinsèque d’un cambrioleur (l’intrusion dans un milieu habité par d’autre, le plaisir de leur laisser entendre qu’au delà du viol de l’habitat, il y a aussi le vol d’une l’intimité et d’une sécurité qui devient subitement toute relative).

Le premier chapitre provoque l’adhésion. Taylor y décrit une salle de billard où se disputent plusieurs parties dont l’une met en scène Chamberlain et un adversaire richement pourvu, architecte de renom, propriétaire d’une voiture de sport et d’un magnifique appartement sur les hauteurs d’Aukland. Les deux hommes sont comme qui dirait amis de longue date. Erreur. Chamberlain le cambriole dans l’heure qui suit. Ce n’était là qu’une énième proie.

Chad Taylor est un écrivain tout à fait particulier. Ses histoires sont presque des prétextes. Comme est prétexte cette catastrophe aérienne dont il s’est inspiré pour écrire Salle d’embarquement. Un DC 10 d’Air New Zealand s’écrase sur le Mont Erebus en Antarctique, le 28 janvier 1979, éparpillant sur la banquise quelque deux cents cadavres. Prétexte à des descriptions d’atmosphère dont on a du mal, une fois la deux cent cinquante deuxième page tournée, à se détacher. Prétexte enfin à ne rien conclure non plus, puisque l’affaire Caroline May n’a pas de solution, pas plus que le cas Chamberlain, éminent cambrioleur solitaire et attachant.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Décembre 2006
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