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     LiVReS
 
1 275 AMES
 Jim THOMPSON
 
Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Marcel Duhamel
 
Folio Policier - 248 pages
Avec Dashiell Hammett, David Goodis, James M. Cain ou Chester Himes, Jim Thompson fait partie de ces auteurs américains de polars noirs (très noirs) qui ont connu leur heure de gloire dans les années 50 et sont restés depuis des références absolues en la matière. Et quand on parle de référence, 1 275 âmes revient immanquablement en tête des incontournables, toujours cité comme LE modèle du genre. Tant et si bien qu’on se dit un jour qu’il va bien falloir y aller voir de plus près si on ne veut pas mourir idiot.

J’y suis allé… je n’en suis pas encore revenu !

Bon sang, pour une claque, ça été une sacré claque. Chef d’œuvre de noirceur, de cynisme, de méchanceté et de bêtise crasse, 1 275 âmes mélange allègrement les genres et sous des abords de farces grand-guignolesque nous donne à observer la face la plus abjecte de l’espèce humaine.

Situé dans les années 50 à Pottsville (qu’on peut aisément envisager de traduire par Ploucville), dans le sud raciste et arriéré des Etats-Unis, le roman de Jim Thompson a pour "héros" Nick Corey "… le shérif d’un patelin habité par des soûlauds, des fornicateurs, des incestueux, des feignasses et des salopiaux de tout acabit. Mon épouse me hait, ma maîtresse m’épuise et la seule femme que j’aime me snobe. Enfin, j’ai une vague idée que tous les coups de pied qui se distribuent dans ce bas monde, c’est mon postère qui les reçoit. Eh bien, les gars, ça va cesser. Je ne sais pas comment, mais cet enfer va cesser".

Et effectivement, Nick Corey entreprend son œuvre de nettoyage en utilisant toutes les facultés de son esprit machiavélique. Parce que si Nick Corey est veule, feinéant et ivrogne, il est aussi intelligent. De cette intelligence malfaisante qui donne un arrière goût de pourri à tout ce qu’il touche et à tout ce qu’il nous fait toucher…

Avec ce style de langage parlé qui n’est pas sans rappeler la gouaille et la férocité désabusée d’un Louis-Ferdinand Céline, Jim Thompson (traduit par Marcel Duhamel, fondateur et patron, à l’époque, de la célèbre Série Noire) étale sous nos yeux sa vision pessimiste du monde. Et je peux vous assurer que le lecteur ne ressort pas indemne de cette lecture.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Mars 2002



PS 1 : le titre original est Pop. 1 280, (autrement dit Population 1 280), bizarement traduit 1 275 âmes par Marcel Duhamel. Où sont donc passés les 5 habitants perdus par le traducteur ? Cette énigme littéraire fait l’objet d’un roman de Jean-Bernard Pouy paru récemment et dont vous pouvez lire la chronique en cliquant ici.

PS 2 : le roman de Jim Thompson a fait l’objet d’une adaptation cinématographique approximative mais intéressante signée Bertrand Tavernier (avec Philippe Noiret, Stéphane Audran, Isabelle Hupert et Eddy Mitchell), sous le titre Coup de torchon.
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