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     LiVReS
 
DES CLIQUES ET DES CLOAQUES
Jim THOMPSON

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Gilberte Sollacaro

Folio - 240 pages
Vous aimez les belles histoires d’amour, quand ça commence mal et où tout finît par s’arranger, les romans dans lesquels on vous invite à partager le destin d’un homme hors du commun, ou encore ceux qui vous plongent dans une intrigue épatante qui finira par un dénouement inattendu en vous dévoilant un coupable que vous n’aviez même pas soupçonné. Vous aimez, hein ! Alors oust, du balai, ce roman n’est pas pour vous.

De l’amour, oui il y en a, mais il se vit à coups d’insultes et de baffes dans la gueule. Un chic type ? Non, pas un seul. Une chouette petite nana alors ? Non, même pas. Pour l’intrigue c’est oui, vous en trouverez une mais, autant vous dire tout de suite que pour le coupable va falloir s’accrocher. Ils le sont tous et toutes, ou plus précisément personne n’est coupable si ce n’est la vie peut-être. Ouais, voilà ! c’est ça. Cette vie qui fabrique des Frank Dillon et des Staples, cette putain de vie qui vous broie et vous abîme un peu plus chaque jour.

Au départ c’était certainement un chic type Frank, seulement voilà, comme il nous l’explique : "Dès l’instant où j’ai su mettre un pied devant l’autre, je me suis échiné pour tout le monde. Et qu’est-ce que ça m’a rapporté ? La peau ! C’est à croire que tout le monde s’est donné le mot, ma parole ! Que les gens se relèvent la nuit pour chercher un moyen de m’empoisonner l’existence ! Une vraie persécution générale !" Dès lors pourquoi lui en vouloir à ce représentant du "Bazar à sans sous", lui qui se démène pour ramener quelques dollars à la maison, de quoi survivre avec Joyce, sa femme, la quatrième ou la cinquième, il ne sait plus bien ? Pourquoi lui en vouloir de croire que tout va s’arranger le jour où il rencontre cette pauv’gosse, cette gentille Mona ? Y-a cent mille dollars au bout, c’est pas rien. C’est tentant, c’est humain quoi !

Personne n’a dit que ce serait facile, qu’il n’y aurait ni morts ni imprévus, et Frank Dillon va apprendre qu’il y a toujours plus salaud que soi. C’est ça l’univers de Jim Thompson, les cloaques.

Cloaque n.m. 1. Lieu destiné à recevoir les immondices, les eaux usées. (Le Robert, 1997)

Et pourtant le talent de Big Jim Thompson c’est de vous rendre sympathique un mec comme Frank Dillon, de vous tenir en haleine du début à la fin dans cet environnement vicié d’humanité salace. Un petit chef-d’œuvre de plus à mettre sur le compte de ce talentueux écrivain américain du XXe siècle.


Maxime Maillard
© Jowebzine.com - Octobre 2002



PS : Une adaptation cinématographique très réussie a été faîte de ce roman, Série Noire (1979) d’Alain Corneau ; de loin son film le plus réussit. Les dialogues sont de Georges Perec et Frank Dillon est incarné par un Patrick Dewaere exceptionnel.
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