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     LiVReS
 
RUPTURE
 Rupert THOMSON

Traduit de l'anglais par Bernard Turle

Stock - 314 pages
Un homme de 29 ans, danseur et chorégraphe vit à Amsterdam. Un matin, alors qu’il se rend dans un bar-tabac pour acheter des cigarettes, il est enlevé par trois inconnues qui vont le séquestrer pendant 18 jours et lui faire connaître les pires humiliations. Puis elles le libèreront. Et il devra reconstruire sa vie. Ce sera long et difficile, à tel point qu’il abandonnera la danse. Sera-t-il capable d’oublier ce qui lui est arrivé et de ne pas céder à l’esprit de vengeance ?

Tel est le sujet du nouveau roman de Rupert Thomson, un auteur anglais de 46 ans, peu connu en France mais fidèlement publié dans la collection La Cosmopolite, chez Stock. Je ne crois pas avoir lu d’article dans la presse sur cet auteur et je ne dois sa découverte qu’à mon libraire, qui m’avait recommandé son précédent roman Soft.
Cela dit, il est relativement excitant d’aimer un auteur et ses livres, en ignorant qui il est. Sans surexposition médiatique, le romancier redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un ami inconnu qui vous murmure à l’oreille.

Ce que Rupert Thomson nous murmure à l’oreille est particulièrement dérangeant et son livre nous fait réfléchir sur les zones troubles de l’esprit humain. Le personnage principal est privé de liberté, enchaîné dans une pièce neutre, dans un endroit inconnu. Il doit subir les fantasmes des trois inconnues qui le séquestrent. Ces fantasmes sont réalisés. Parfois violents, parfois sulfureux, ils poussent le personnage dans ses retranchements. Pour résister, il invente des noms et des personnalités à ses tortionnaires, qui sont toujours masquées et qu’il ne verra jamais. Il se raccroche également au moindre détail, puisque la seule liberté qui lui reste est celle du regard. Il observe, il décrypte, il décortique.

Le personnage au début du livre parle à la première personne du singulier. À partir du moment où il est kidnappé, le récit a lieu à la troisième personne. Il n’existe plus. Par la suite, une centaine de pages plus loin, il reprend la première personne lorsqu’il est libéré.

La question que pose Rupert Thomson est la suivante : peut-on survivre à la violence, au traumatisme ?
Je ne vous donnerais pas la réponse car il faut lire ce livre comme on explore les tréfonds de son propre inconscient. Je vous parlerais seulement de l’écriture de l’auteur. Ayant choisi un sujet périlleux, non loin des Voleurs de beauté de Pascal Bruckner, il le rend passionnant en se concentrant sur la narration, c’est-à-dire que le plus important est de poursuivre sa lecture.

Ce qui sauve le danseur et chorégraphe, est le regard qu’il porte sur ce qui l’entoure. Le moment où il est libéré et où, littéralement, il redécouvre le monde, la rue, l’air qu’il respire, tient par la grâce d’un style qui nous fait voir ce que l’on imagine, qui nous permet d’imaginer ce que l’on voit.

Si vous aimez être entraîné jusqu’au bord du précipice et ne pas savoir si vous tombez ou si vous tenez en équilibre, vous aimerez Rupture.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2001
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