Un
homme de 29 ans, danseur et chorégraphe vit à
Amsterdam. Un matin, alors quil se rend dans un bar-tabac
pour acheter des cigarettes, il est enlevé par trois
inconnues qui vont le séquestrer pendant 18 jours et
lui faire connaître les pires humiliations. Puis elles
le libèreront. Et il devra reconstruire sa vie. Ce sera
long et difficile, à tel point quil abandonnera
la danse. Sera-t-il capable doublier ce qui lui est arrivé
et de ne pas céder à lesprit de vengeance
?
Tel est le sujet du nouveau roman de Rupert Thomson, un auteur
anglais de 46 ans, peu connu en France mais fidèlement
publié dans la collection La Cosmopolite, chez Stock.
Je ne crois pas avoir lu darticle dans la presse sur cet
auteur et je ne dois sa découverte quà mon
libraire, qui mavait recommandé son précédent
roman Soft.
Cela dit, il est relativement excitant daimer un auteur
et ses livres, en ignorant qui il est. Sans surexposition médiatique,
le romancier redevient ce quil naurait jamais dû
cesser dêtre : un ami inconnu qui vous murmure à
loreille.
Ce que Rupert Thomson nous murmure à loreille est
particulièrement dérangeant et son livre nous
fait réfléchir sur les zones troubles de lesprit
humain. Le personnage principal est privé de liberté,
enchaîné dans une pièce neutre, dans un
endroit inconnu. Il doit subir les fantasmes des trois inconnues
qui le séquestrent. Ces fantasmes sont réalisés.
Parfois violents, parfois sulfureux, ils poussent le personnage
dans ses retranchements. Pour résister, il invente des
noms et des personnalités à ses tortionnaires,
qui sont toujours masquées et quil ne verra jamais.
Il se raccroche également au moindre détail, puisque
la seule liberté qui lui reste est celle du regard. Il
observe, il décrypte, il décortique.
Le personnage au début du livre parle à la première
personne du singulier. À partir du moment où il
est kidnappé, le récit a lieu à la troisième
personne. Il nexiste plus. Par la suite, une centaine
de pages plus loin, il reprend la première personne lorsquil
est libéré.
La question que pose Rupert Thomson est la suivante : peut-on
survivre à la violence, au traumatisme ?
Je ne vous donnerais pas la réponse car il faut lire
ce livre comme on explore les tréfonds de son propre
inconscient. Je vous parlerais seulement de lécriture
de lauteur. Ayant choisi un sujet périlleux, non
loin des Voleurs de beauté de Pascal Bruckner, il le
rend passionnant en se concentrant sur la narration, cest-à-dire
que le plus important est de poursuivre sa lecture.
Ce qui sauve le danseur et chorégraphe, est le regard
quil porte sur ce qui lentoure. Le moment où
il est libéré et où, littéralement,
il redécouvre le monde, la rue, lair quil
respire, tient par la grâce dun style qui nous fait
voir ce que lon imagine, qui nous permet dimaginer
ce que lon voit.
Si vous aimez être entraîné jusquau
bord du précipice et ne pas savoir si vous tombez ou
si vous tenez en équilibre, vous aimerez Rupture.