L’avantage
de l’été, en dehors du temps ensoleillé,
des vêtements légers et de l’envie de buller,
c’est sans conteste la mansuétude qui vous saisit
lorsque vous lisez. En effet, en été, on se sent
gentil, compréhensif. On est prêt à lire
un petit quelque chose qui ne nous ennuie pas, qui nous distraie
sans faire de manière.
L’été est donc la période idéale
pour lire le premier roman de Matt Thorne, Images de toi, paru
au Diable Vauvert. Ce roman, conçu en séquences
courtes où l’on passe du personnage féminin
au personnage masculin, ne va pas vous filer la migraine. Il
a la politesse de se lire et d’être achevé
sans qu’on s’en soit rendu compte.
Matt Thorne avait lancé, avec Nicholas Blincoe, le Manifeste
des Nouveaux Puritains (où l’on retrouvait Anna
Davis, Geoff Dyer ou Alex Garland) qui prônait, tel un
Dogme pour la littérature, une écriture dénuée
d’artifice, où la temporalité serait respectée.
Ce manifeste avait été d’autant plus accueilli
avec mépris en France, que le terme "puritain"
évoquait l’ordre moral et que nos chers intellectuels
y avaient détecté des intentions rétrogrades.
Matt Thorne doit avoir la petite trentaine et il décrit
la vie de Martin, 35 ans, rédacteur en chef d’un
mensuel branché et qui est sur le point d’être
viré. Martin est marié mais peu fidèle.
Sa femme le vit mal, mais le lui rend bien (en terme d’infidélité).
Il sort tous les soirs pour retrouver une bande d’amis
qu’il côtoie depuis l’adolescence. Allison
est l’assistante de Martin dans ce mensuel branché
où sa carrière piétine. Elle partage son
appartement avec son petit ami et sa sœur (pas la sœur
du petit ami, mais sa sœur à elle !) D’ailleurs
sa sœur et son petit ami se comportent comme des amants
mais elle ne le voit pas. Allison a la vingtaine. Elle est jolie
mais s’en doute-t-elle ? Le roman s’apparente au
conte de fée car il va falloir un certain nombre de pages
pour que Martin se rende compte qu’Allison est importante
pour lui et vice-versa.
Ce qui est intéressant, pour peu qu’on s’y
laisse prendre, est la description du milieu branché
londonien où ces jeunes adultes surnagent. Bon point
aussi, la fluidité narrative. Et puis les prémisses
d’une histoire d’amour pour les cœurs d’artichaut
que nous sommes.
Ce qui est bizarre, c’est que le roman finit au moment
où l’on souhaiterait qu’il commence. Cela
dit, entre une sieste crapuleuse dans un hamac et le sacro-saint
apéritif du soir, vous pouvez vous plonger dans le Swinging
London actuel, où l’alcool et la cocaïne,
le sexe et ses nombreuse pratiques, vous permettront de passer
le temps.
La prochaine fois, mettez-nous un peu de consistance dans votre
roman, Monsieur Thorne. Vous savez, comme la levure pour les
gâteaux, cela permet à l’attention du lecteur
de croître.