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LA TELEVISION
Jean-Philippe TOUSSAINT

Éditions de Minuit - 223 pages
Sorte de court roman autobiographique, La télévision est surtout, pour Jean-Philippe Toussaint, une belle occasion de faire une nouvelle fois la preuve de son talent et de son humour irrésistible.


La télévision. Tout un programme (je sais, c'est facile) ! N'attendez pourtant ni une charge emportée contre les méfaits du petit écran (encore que…), ni une étude sociologique savante sur son influence sur notre mode de vie, ni, encore moins, une exploration curieuse de ses coulisses "pipeules". Non, La télévision de Jean-Philippe Toussaint n'est rien de tout ça, c'est juste un… roman.

Encore que… Ecrites à la première personne, ces deux cents et quelques pages narrent par le menu l'existence oisive d'un jeune écrivain installé à Berlin grâce à une Bourse obtenue sous couvert de rédiger une étude sur Le Titien, peintre italien de la Renaissance. Pourquoi Berlin ? Parce que Le Titien se serait installé à Augsbourg et y aurait peint plusieurs portraits de Charles Quint. Et c'est d'ailleurs à Augsbourg qu'aurait eu lieu la fameuse "scène du pinceau", épisode difficile à vérifier au cours duquel "Charles Quint se serait baissé dans l'atelier du Titien pour ramasser un pinceau qui venait de tomber des mains du peintre".

Mais là n'est pas l'essentiel, puisque La télévision est, disions-nous, le "roman autobiographique" de l'auteur au cours de l'été 1995. Sa femme et son fils sont partis en vacances en Italie, il est seul à Berlin pour travailler tranquillement à la rédaction de son essai, nous sommes le 23 juillet et l'auteur est, pour la dernière fois, devant sa télévision, regardant "tranquillement l'étape des Champs-Élysées, qui s'est terminée par un sprint massif remporté par l'Ouzbèque Abdoujaparov, puis [il s'est] levé et [a] éteint le téléviseur. [Il] revoit très bien le geste [qu'il] a accompli alors, un geste simple, très souple, mille fois répété, [son] bras qui s'allonge et qui appuie sur le bouton, l'image qui implose et disparaît de l'écran. C'était fini, [il] n'a plus jamais regardé la télévision".

Commence alors une espèce d'exercice de style à mi-chemin entre le pamphlet et le vagabondage contemplatif. Sous des dehors nonchalants et efficacement ironiques, Jean-Philippe Toussaint arrive à nous passionner avec des riens, à nous tenir en haleine avec ses pensées iconoclastes, à nous faire rire avec ses remarques et son autodérision salutaires. Pas une seule fois on ne se prend à regretter sa décision ferme et presque définitive de bannir de sa vie cet écran envahissant. Au contraire, on vit avec lui cette expérience éprouvante et l'on rit beaucoup de ses ruses de Sioux pour grappiller, ici ou là, quelques miettes d'émissions, de son impossibilité à démarrer ce fichu essai faute de savoir comment nommer son personnage central (Titien, Le Titien, Titien Vecellio, Vecelli, Tiziano Vecellio, Titien Vecelli…), de la manière dont il s'occupe des précieuses plantes vertes des Drescher, ses voisins du dessus, etc.

Bref, rien de ce que l'on a l'habitude de trouver dans un roman digne de ce nom, et pourtant une foule de situations drôles racontées dans un style élégant et détaché qui vous en fait redemander encore et encore sans jamais vous lasser, et surtout sans jamais vous donner envie de la rallumer, cette sacrée télévision !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2004
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