Jean-Philippe
Toussaint y était. Le 9 juillet dernier, il était à
Berlin, dans les tribunes du stade Olympique et il a assisté
à la finale de la Coupe du Monde de football opposant, non
pas la France à l’Italie comme tout le monde le croyait
d’abord, mais Zidane à Materazzi comme la suite des événements
l’a montré.
Moyennant quoi, Jean-Philippe Toussaint s’est cru autorisé
à donner son point de vue sur le sujet… et son éditeur,
Minuit, à le publier au prix "modique" de cinq euros,
ce qui est en réalité exorbitant pour 18 pages de petit
format, composées d’une vingtaine de lignes rédigées
en corps 16 !
Mais là n’est pas la question : Jean-Philippe Toussaint
étant un de nos auteurs de chevet et Zinédine Zidane
un de nos joueurs au sommet, on s’est fendu de la somme exigée
pour connaître l’avis éclairé du témoin
oculaire susnommé.
Et l’on n’est pas déçu puisque, outre une
description pointilleuse de la couleur du ciel berlinois ce soir-là,
Jean-Phi nous assène sans mollir une théorie intéressante
et un témoignage édifiant.
La théorie explique l’événement : "Zidane
n’a jamais pu se résoudre à finir, il est familier
des fausses sorties (contre la Grèce) ou des sorties ratées
(contre la Corée du Sud). Il y a toujours eu chez lui l’impossibilité
de mettre un terme à sa carrière, et même, et
surtout, en beauté, car finir en beauté, c’est
néanmoins finir, c’est clore la légende : brandir
la Coupe du Monde, c’est accepter sa mort, alors que rater sa
sortie laisse des perspectives ouvertes, inconnues et vivantes."
Le témoignage, lui, nie la réalité du même
événement : "Le geste de Zidane, invisible, incompréhensible,
est d’autant plus spectaculaire qu’il n’a pas eu
lieu. Il n’a tout simplement pas eu lieu, si l’on s’en
tient à l’observation directe des faits dans le stade
et à la confiance légitime qu’on peut accorde
à nos sens, personne n’a rien vu, ni les spectateurs
ni les arbitres."
Et voilà le travail ! Rien d’indispensable, juste le
genre d’ouvrage que l’on achète sur un coup de
tête.