Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Patrice Carrer
Série Noire - 328 pages
Un
premier roman (très) noir, mais extrêmement réussit
qui plonge le lecteur dans la spirale infernale des trafiquants
de crack des années 80.
"Les années 80 avaient apporté à Oakland
une nouvelle activité dynamique : le commerce du crack
; dans quelque direction qu'on se tourne, pas moyen de l'ignorer,
il s'affichait partout.
L'atmosphère de cirque du trafic de drogue s'infiltrait
dans tous les aspects de la vie urbaine noire, à mesure
que leurs richesses fraîchement acquises permettaient
aux hommes, aux femmes et aux enfants d'aspirer à autre
chose. Michael Corleone et la bande du Parrain offraient aux
plus âgés la possibilité d'échapper
à leurs origines dans une rêverie élégante.
Mais pour les jeunes, les rituels et la discipline évoqués
par ce film étaient dépassés avant même
que le générique ait fini de défiler. Ce
genre de truc leur prenait la tête ; tout ce qu'ils voulaient,
c'était de glisser leurs pieds de frimeurs dans une porte
et d'exiger le respect que seuls peuvent apporter un flingue
chargé et un paquet d'oseille.
Scarface était leur évangile.
Bref, une vraie pagaille. Mais plus fascinante que tout ce qu'on
avait jamais connu"
Et au milieu de la tourmente, Maceo Redfield, jeune garçon
légèrement en marge de la société,
qui n'a pas mal tourné mais qui le pourrait… Surtout
lorsqu'on lui apprend l'assassinat d'un de ses "frères"
et la disparition de sa petite amie, qui pourrait être
la meurtrière…
"Est-ce que toi t'es prêt à jouer dans la
cour des grands, Maceo ?
Je n'ai pas répondu. J'ignorai alors où cette
question me mènerait, mais je savais que je devais retrouver
Felicia. Si je faisais équipe avec Holly, je serais parfois
obligé de faire les choses à sa façon.
Je ne pourrais plus rester à cheval entre deux mondes,
en me retranchant derrière le sport. Pas moyen de faire
passer ma décision pour un accident, comme si le vent
m'avait soufflé dans une direction plutôt qu'une
autre. Cette voie, pour le meilleur ou pour le pire, me conduirait
à moi-même."
Du grand art… Premier roman de Nichelle D. Tramble, qui
n'était pas à son coup d'essai, Terre des morts,
qui fut ovationné aux Etats-Unis, frappe par sa puissance
d'évocation. Magnifique description d'Oakland des années
80 et de la vie de ses communautés, ce livre séduit
par l'épaisseur donnée aux personnages, l'absence
de manichéisme et sa qualité d'écriture.
Gageons que les autres romans seront du même tonneau et,
en les attendant, délectez-vous avec celui-ci.