"Dans
cette ville, chacun vivait dans son propre monde, comme dans une bulle."
Rocker, cinéaste et écrivain, le francophile Hitonari
Tsuji fait l’habituel constat de la solitude de ses contemporains.
Il arrive pourtant à faire d’un court roman, un récit
hypnotique.
Le narrateur de L’arbre du Voyageur n’a qu’un seul
lourd bagage. Son frère aîné. Le charismatique
Yuji. Trop grand. Trop sombre. Trop séduisant. Trop futé.
Yuji était torturé dès son plus jeune âge.
Il veut être affranchi de tout et sans compromis. À 18
ans, il fuit sa famille pour s’installer à Tokyo, même
s’il cherche à vivre en marge de la société.
Lorsque ses parents décèdent, il ne vient pas à
l’enterrement. Son cadet se met en tête d’éclaircir
l’absence de Yuji. À la recherche de son étrange
frère, il va faire d’étranges rencontres.
Le livre décrit donc l’émancipation d’un
jeune frère face à l’imposante et étouffante
image de son aîné. Le périple à Tokyo devient
ensorcelant. La cité se fait labyrinthe. Les rencontres sont
mystérieuses. Les petites amies du frangin sont traumatisées.
Les rares amis sont hantés par l’envie radicale de liberté
de Yuji.
Le romancier se joue habilement du cliché sur les Japonais,
perçus comme des petites fourmis entassées dans les
transports en commun. Tokyo est inhumaine, mais se peuple d’êtres
opaques et délicats. Les personnages rencontrés ici
servent à un éloge léger de la liberté.
La ville est un piège où se trouvent des réponses
à un parcours initiatique cruel et sensible. La description
de Tokyo est une réussite. Elle gomme un constat un peu facile.
L’arbre du Voyageur offre ainsi un rapide dépaysement
et le souvenir d’une bizarre errance !