Un
roman désespérant sur la Colombie d'aujourd'hui
où la vie d'un homme ne vaut pas grand-chose… et,
plus généralement, sur notre raison d'être
sur cette terre.
L'écrivain Fernando Vallejo est né en 1942 à
Medellin. Il a étudié la philosophie et les lettres
à Bogota, puis la réalisation cinématographique
à Rome. Il a écrit plusieurs scénarios
et réalisé trois films à Mexico dans les
années 70, où il vit actuellement.
Lorsqu'il retourne en Colombie, c'est toujours avec le désespoir
de voir le pays s'enfoncer de jour en jour dans la violence
et la drogue. Sa Colombie est en proie à tous les excès,
la violence et la drogue font la loi, les enfants tuent, mais
parfois un ange apparaît... Pour cet auteur, qui ne croit
pas en Dieu, et qui a renoncé au pays tel qu'il était
dans son enfance, il n'y a rien de plus beau que ces enfants
qui fument le basuco et tuent sur commande ou parfois juste
parce que "l'enfer, c'est les autres".
La vierge des tueurs, c'est l'histoire d'un écrivain
qui revient à Medellin après trente ans d'absence
et tombe amoureux d'Alexis, un jeune sicaire (un sicaire est
un tueur à la solde des narcotrafiquants).
C'est un roman en partie autobiographique, mais, selon l'auteur,
il ne s'agit pas de déclencher une prise de conscience.
Il écrit uniquement pour se soulager. Après tout,
si les lecteurs se sentent concernés, ce n'est pas son
problème. Il se sent vieux et proche de la mort. Beaucoup
d'amertume mais aussi d'espoir transparaît dans La vierge
des tueurs.
Ce livre est une révélation. L'Europe a de la
chance. On vit dans un pays où l'on peut bousculer quelqu'un
dans la rue sans que celui-ci ne vous tue d'une balle dans la
tête pour ça. Cependant, la lecture de ce roman
ne rassure nullement et n'apporte aucun soulagement. C'est un
témoignage, une trace à un instant précis
de l'histoire de la Colombie, un pays qui s'enfonce de plus
en plus dans une violence quotidienne, dont les journaux occidentaux
se font de temps à autre l'écho sans qu'aucune
voie de sortie ne semble se dessiner.
Un roman sombre à l'image de la vision de l'homme selon
Fernando Vallejo : "L'humanité ne va nulle part,
sauf vers la mort. Tout ce que nous faisons dans la vie, c'est
faire semblant de nous occuper pour nous donner une raison de
vivre. L'homme est sur Terre depuis quatre milliards d'années
et l'on peut donner une explication biologique à son
apparition, mais cela ne signifie pas que la vie ait un but.
L'homme est une machine programmée pour l'acte sexuel
et pour assurer sa descendance. Mais aujourd'hui le droit de
se reproduire n'existe pas. Il n'y a que du vide à combler
et la mort au bout du compte. Nous finirons détruits
par les flammes et par les vers."