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LA DERNIERE TRAVERSEE
Guy VANDERHAEGHE

Traduit de l’anglais (Canada)
par Michel Lederer

Albin Michel - 484 pages
Deux anglais s’aventurent aux Etats-Unis, à la fin du 19e siècle et ce voyage sera leur épreuve de vérité. Roman dense et poignant : bonne définition d’un chef d’œuvre.


En 1871, le richissime anglais Henry Gaunt demande à deux de ses fils de partir à la recherche du troisième, Simon, qui est allé évangéliser les populations du Nord-Ouest des Etats-Unis en compagnie d’un prédicateur.

Ce voyage va avoir d’incroyables répercutions sur la destinée des deux jeunes gens si dissemblables. Addington Gaunt est un militaire mis au rancart par l’armée et qui utilisera ce voyage pour retrouver virilité et fierté. Charles Gaunt, lui, est un peintre sans génie, homme cultivé et sensible, d’autant plus investi dans cette recherche que Simon est son frère jumeau.

Et nous voilà partis pour un western métaphysique que Robert-Louis Stevenson aurait adoré, à n’en pas douter. Un roman d’aventure et une manière de revisiter le western.

Nous assistons à la confrontation de plusieurs visions du monde : celle des frères Gaunt, pétrie des préjugés de leur classe sociale, celle des Américains eux-mêmes, encore choqués par la guerre de Sécession toute proche et celle d’un métis mi-indien, mi-irlandais, appartenant aux deux communautés tout en n’appartenant à aucune.

Ajoutons aussi un inoubliable portrait de femme : Lucy Stoveall, âgée d'à peine vingt ans, abandonnée par son mari et assistant, impuissante, à l’assassinat de sa sœur cadette.

Tous les personnages du roman nous sont infiniment proches car Vanderhaegue leur donne droit à la narration. Et du coup, l’histoire avance au gré des visions contradictoires de chacun. Les personnages sont saisis dans leur chair, dans leur âme. Et le parcours qu’ils suivent chacun est inéluctable, car tout être va à la rencontre de son destin de la même manière qu’un train une fois parti, finit toujours par arriver à destination.

L’Ouest, le vrai, décrit par l’auteur, est dépoussiéré. Qu’il s’agisse des Indiens, des forts où s’entassent les populations, nous n’avions jamais lu un roman ressuscitant le western et en donnant une vision qui le rapproche de nous et de notre manière de vivre.

Car le thème fondateur de La dernière traversée est le suivant : que comptons-nous faire de notre existence, lui donner un sens ou vivre au jour le jour ? Ce thème vaut pour hier comme pour aujourd’hui.

Au fond, Guy Vanderhaegue n’a qu’un seul défaut : il n’est pas originaire des Etats-Unis, mais d’une province du Canada. Et de plus, malgré sa production nombreuse et variée (romans, nouvelles, pièces de théâtre), cet homme d’une cinquantaine d’années vit en toute modestie et ne frime pas sur son statut d’écrivain et de créateur.

Leçon à méditer : quand on écrit des romans d’une renversante beauté, on n’a pas besoin de parler (à tort et à travers) : vos romans parlent pour vous.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mai 2006
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