"Marin,
Andrei, Pierre, cétaient tous des caïds. Et
dans ce monde de traîtres, leur disait loncle, pour
que "la famille" survive, il faut frapper toujours
plus fort. Alors, quand Marin est sorti de prison, lui, le neveu
préféré, il a dit : le hold-up du casino,
ça nous remettrait à flot".
Le résumé de la quatrième de couverture
est parfait, à ceci près quelle ne dit rien
de lessentiel : labsolue perfection de lécriture.
Car cest bien là que se situe la performance de
Tanguy Viel qui nous propose ici son troisième roman
seulement (Le Black Note est paru en 1998 et Cinéma lannée
suivante).
Pur produit des Editions de Minuit, maison dédition
atypique créée dans la clandestinité en
1942 et devenue, depuis, une véritable institution de
la littérature française, Tanguy Viel développe
un univers très personnel et très habile.
Sur fond de polar de la plus pur tradition, il construit une
histoire somme toute banale qui lui laisse toute latitude pour
se concentrer sur lessentiel à ses yeux : son écriture.
Et là, on peut tout dire de cet auteur, sauf quil
est classique.
Passées les premières pages un peu déroutantes
mais sublimes (forcément sublimes, aurait dit Marguerite
Duras, également auteur "Minuit" et premier
Goncourt de cet éditeur en 1984 avec Lamant), le
style de Tanguy Viel sapprivoise progressivement pour
envoûter le lecteur sans jamais lendormir.
Au fil de phrases élégantes et sophistiquées
("Je me souviens, Marin, le jour où tu nous a présenté
ton ami Lucho, un spécialiste. Un vieux compagnon de
cellule, il a dit, un nouveau cousin si vous préférez
; Lucho, voici Andrei, et Pierre. Et quand il sest présenté
devant nous, Lucho, quand il a voulu tout de suite que je lui
tende la main, à peine le temps de prendre la mesure
de son regard, je me souviens, jai hésité
dabord, une bonne seconde jai hésité,
lui la main dans le vide au milieu de la pièce, ses yeux
qui fuyaient, qui cherchaient Marin, Andrei qui me regardait,
et jai fini par me lever, je lai fixé un
peu, et jai fini par céder, tendre la main moi
aussi, et nos deux paumes emboîtées lune
dans lautre, je lai fait") le lecteur est happé
par les péripéties de la préparation et
de lexécution du casse, imprégné
de la tension et de la peur des protagonistes, plongé
dans laction et ses rebondissements. Une immersion totale
qui prouve, si besoin était, que le sacrifice de la forme
au bénéfice de lefficacité nest
pas une fatalité. Avec du talent, Tanguy Viel nous captive
du début à la fin avec une histoire convenue mais
une écriture exigeante. Quil en soit remercié.