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     LiVReS
 
L'ABSOLUE PERFECTION DU CRIME
 Tanguy VIEL

Minuit - 175 pages
"Marin, Andrei, Pierre, c’étaient tous des caïds. Et dans ce monde de traîtres, leur disait l’oncle, pour que "la famille" survive, il faut frapper toujours plus fort. Alors, quand Marin est sorti de prison, lui, le neveu préféré, il a dit : le hold-up du casino, ça nous remettrait à flot".

Le résumé de la quatrième de couverture est parfait, à ceci près qu’elle ne dit rien de l’essentiel : l’absolue perfection de l’écriture. Car c’est bien là que se situe la performance de Tanguy Viel qui nous propose ici son troisième roman seulement (Le Black Note est paru en 1998 et Cinéma l’année suivante).

Pur produit des Editions de Minuit, maison d’édition atypique créée dans la clandestinité en 1942 et devenue, depuis, une véritable institution de la littérature française, Tanguy Viel développe un univers très personnel… et très habile. Sur fond de polar de la plus pur tradition, il construit une histoire somme toute banale qui lui laisse toute latitude pour se concentrer sur l’essentiel à ses yeux : son écriture. Et là, on peut tout dire de cet auteur, sauf qu’il est classique.

Passées les premières pages un peu déroutantes mais sublimes (forcément sublimes, aurait dit Marguerite Duras, également auteur "Minuit" et premier Goncourt de cet éditeur en 1984 avec L’amant), le style de Tanguy Viel s’apprivoise progressivement pour envoûter le lecteur sans jamais l’endormir.

Au fil de phrases élégantes et sophistiquées ("Je me souviens, Marin, le jour où tu nous a présenté ton ami Lucho, un spécialiste. Un vieux compagnon de cellule, il a dit, un nouveau cousin si vous préférez ; Lucho, voici Andrei, et Pierre. Et quand il s’est présenté devant nous, Lucho, quand il a voulu tout de suite que je lui tende la main, à peine le temps de prendre la mesure de son regard, je me souviens, j’ai hésité d’abord, une bonne seconde j’ai hésité, lui la main dans le vide au milieu de la pièce, ses yeux qui fuyaient, qui cherchaient Marin, Andrei qui me regardait, et j’ai fini par me lever, je l’ai fixé un peu, et j’ai fini par céder, tendre la main moi aussi, et nos deux paumes emboîtées l’une dans l’autre, je l’ai fait") le lecteur est happé par les péripéties de la préparation et de l’exécution du casse, imprégné de la tension et de la peur des protagonistes, plongé dans l’action et ses rebondissements. Une immersion totale qui prouve, si besoin était, que le sacrifice de la forme au bénéfice de l’efficacité n’est pas une fatalité. Avec du talent, Tanguy Viel nous captive du début à la fin avec une histoire convenue mais une écriture exigeante. Qu’il en soit remercié.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2001
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