Quatrième
roman de Tanguy Viel qui poursuit son œuvre avec la même
liberté et la même originalité.
"Sam est le frère de Lise. Du moins c’est ce que
tout le monde croit quand Lise se marie avec Henri. Mais c’est
surtout Henri qui doit le croire, pour que Sam et Lise puissent réussir
leur mauvais coup. Seulement Henri aussi a un frère, un vrai
cette fois, et qui s’appelle Edouard. Or même vrai on
peut être un faux frère."
Jeune auteur, il est né en 1973, Tanguy Viel fait pourtant
déjà partie de ces écrivains dont chaque nouveau
roman est guetté avec impatience. C’est que depuis la
parution de Black note en 1998, il nous a habitué à
"délocaliser" ses romans pour explorer des territoires
que la littérature classique avait tendance à laisser
de côté. Le jazz, en l’occurrence dans ce premier
ouvrage. Puis le cinéma, l’année suivante, avec
un roman du même nom (Cinéma), tout entier consacré
au film Le limier de Joseph Mankiewicz.
Depuis son avant-dernier livre, c’est le roman noir qui lui
sert plutôt de lointaine inspiration. Avec le remarquable L’absolue
perfection du crime (2001) il choisissait d’interpréter
à sa façon un thème classique du genre : le braquage
d’un casino. En découlait un roman fort, dont la narration
utilitaire était délaissée au profit d’un
brillant travail sur le style.
Bis repetita avec Insoupçonnable. C’est cette fois la
figure "enlèvement avec demande de rançon"
qui est (parfaitement) exécutée, avec ce qu’il
faut de mystère et d’originalité dans le rebondissement
final. Mais surtout, Insoupçonnable est une nouvelle fois le
prétexte à un exercice de style de haute volée,
entre recherche formelle et rafraîchissante liberté de
ton. Alors on ne boude pas son plaisir et l’on déguste
les cent quarante courtes pages de Tanguy Viel comme une agréable
friandise, parfaite pour agrémenter les week-ends prolongés
du mois de mai qui s’annonce.