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PARIS NE FINIT JAMAIS
Enrique VILA-MATAS

Traduit de l’espagnol
par André Gabastou

Christian Bourgois - 294 pages
Imaginez un jeune écrivain Catalan venu vivre de son art à Paris dans les années 1970 et ayant Marguerite Duras comme logeuse. On comprend que cela traumatise. Trente ans plus tard, Vila-Matas revient sur cet épisode crucial de sa vie.


La lecture permet différents types de plaisir. Si certains lisent pour s’instruire, pour apprendre quelque chose, d’autres lisent uniquement pour se divertir. Le plaisir qu’apporte la lecture de Paris ne finit jamais d’Enrique Vila-Matas est d’un genre particulier.

Il s’agit d’un plaisir intellectuel, voire cérébral. Vila-Matas raconte comment, aux alentours de la vingtaine, il a quitté son Barcelone natal pour commencer une carrière d’écrivain à Paris. Il décrit par le menu la composition de son premier roman dans lequel l’auteur assassine littéralement son lecteur.

Vila-Matas décrit la faune des exilés hispaniques qui hantent ce Paris des années 1974-1975. Artistes, travestis, tout un petit monde interlope grouille autour de l’auteur, dominé par la figure incroyable et irrésistible de Marguerite Duras.

En effet, le jeune écrivain a loué une chambre à La Duras (comme on dirait La Callas, car Duras était sa propre Diva) pendant deux ans. Il nous délivre un portrait autant grotesque qu’attachant de cet écrivain du temps jadis qui a eu beaucoup d’influence sur la littérature contemporaine.

Le livre se situe dans un entre-deux. Entre Duras et Borges, ce qui fait un drôle de mélange. Il emprunte à l’une des procédés répétitifs, à l’autre un sens du fantastique et la fuite hors de la réalité.

Ajoutons à cela que l’auteur se prend ironiquement pour le sosie d’Ernest Hemingway. Il participe même à un concours des sosies du grand homme mais est recalé.

Ceci étant surtout prétexte à Vila-Matas pour digresser sur Hemingway, Fitzgerald et le Paris des années 1920. Dans Paris est une fête, Hemingway raconte ses années dans la Capitale, sans argent, dans la dèche et heureux. Vila-Matas établit un parallèle avec lui-même et le désespoir qui n’a cessé de l’habiter durant son séjour à Paris. Il se pose donc la question : Comment peut-on être heureux à Paris, quand on est jeune et qu’on n’a pas le sou.

Bon, pour dire la vérité, Paris ne finit jamais se lit avec plaisir, tout en donnant l’impression à plusieurs moments de faire du surplace. Le regard que porte l’écrivain sur ce qu’il fut est émouvant. Il nous donne à réfléchir sur nos propres années d’adolescence et notre "entrée dans la vie".

Cependant, peut-être à cause du caractère autobiographique de son récit, Vila-Matas ne retrouve pas la légèreté ironique de certains de ses livres précédents, ni leur virtuosité. Quand le livre se termine et que le jeune écrivain décide de repartir à Barcelone, nous ne sommes pas loin de penser comme lui : il était temps.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2004
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