Imaginez
un jeune écrivain Catalan venu vivre de son art à
Paris dans les années 1970 et ayant Marguerite Duras
comme logeuse. On comprend que cela traumatise. Trente ans plus
tard, Vila-Matas revient sur cet épisode crucial de sa
vie.
La lecture permet différents types de plaisir. Si certains
lisent pour s’instruire, pour apprendre quelque chose,
d’autres lisent uniquement pour se divertir. Le plaisir
qu’apporte la lecture de Paris ne finit jamais d’Enrique
Vila-Matas est d’un genre particulier.
Il s’agit d’un plaisir intellectuel, voire cérébral.
Vila-Matas raconte comment, aux alentours de la vingtaine, il
a quitté son Barcelone natal pour commencer une carrière
d’écrivain à Paris. Il décrit par
le menu la composition de son premier roman dans lequel l’auteur
assassine littéralement son lecteur.
Vila-Matas décrit la faune des exilés hispaniques
qui hantent ce Paris des années 1974-1975. Artistes,
travestis, tout un petit monde interlope grouille autour de
l’auteur, dominé par la figure incroyable et irrésistible
de Marguerite Duras.
En effet, le jeune écrivain a loué une chambre
à La Duras (comme on dirait La Callas, car Duras était
sa propre Diva) pendant deux ans. Il nous délivre un
portrait autant grotesque qu’attachant de cet écrivain
du temps jadis qui a eu beaucoup d’influence sur la littérature
contemporaine.
Le livre se situe dans un entre-deux. Entre Duras et Borges,
ce qui fait un drôle de mélange. Il emprunte à
l’une des procédés répétitifs,
à l’autre un sens du fantastique et la fuite hors
de la réalité.
Ajoutons à cela que l’auteur se prend ironiquement
pour le sosie d’Ernest Hemingway. Il participe même
à un concours des sosies du grand homme mais est recalé.
Ceci étant surtout prétexte à Vila-Matas
pour digresser sur Hemingway, Fitzgerald et le Paris des années
1920. Dans Paris est une fête, Hemingway raconte ses années
dans la Capitale, sans argent, dans la dèche et heureux.
Vila-Matas établit un parallèle avec lui-même
et le désespoir qui n’a cessé de l’habiter
durant son séjour à Paris. Il se pose donc la
question : Comment peut-on être heureux à Paris,
quand on est jeune et qu’on n’a pas le sou.
Bon, pour dire la vérité, Paris ne finit jamais
se lit avec plaisir, tout en donnant l’impression à
plusieurs moments de faire du surplace. Le regard que porte
l’écrivain sur ce qu’il fut est émouvant.
Il nous donne à réfléchir sur nos propres
années d’adolescence et notre "entrée
dans la vie".
Cependant, peut-être à cause du caractère
autobiographique de son récit, Vila-Matas ne retrouve
pas la légèreté ironique de certains de
ses livres précédents, ni leur virtuosité.
Quand le livre se termine et que le jeune écrivain décide
de repartir à Barcelone, nous ne sommes pas loin de penser
comme lui : il était temps.