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     LiVReS
 
ETRANGE FACON DE VIVRE
Enrique VILA-MATAS

Traduit de l’espagnol
par André Gabastou

10/18 - 160 pages
Enrique Vila-Matas nous montre que les écrivains se nourrissent des autres, les espionnent. Mais c’est loin d’être tragique.


Etrange façon de vivre que celle de l’écrivain et plus particulièrement du romancier. Voici un homme qui passe un temps incroyable dans son bureau et dans son imaginaire. Drôle de métier !

Etrange façon de vivre est un roman d’Enrique Vila-Matas. Ecrivain espagnol et plus particulièrement Barcelonais, né en 1948 et couronné par les plus grands prix. Bref un homme précédé d’une réputation flatteuse et il faut l’avouer, à la lecture de ce roman, totalement méritée.

Ce livre raconte la journée d’un romancier tiraillé entre deux femmes qui ont un lien de parenté. L’une Carmina est sa femme et la mère de son fils, elle est une femme pour toujours, de celles qu’on épouse et qu’on accompagne pendant toute sa vie. L’autre Rosita est la maîtresse. Elle tient l’auteur par les sens, mais s’il quitte le domicile conjugal, il n’est pas sûr que Rosita le garde bien longtemps.

Le romancier doit donner le soir venu une conférence sur la structure mythique du héros. Mais soucieux d’impressionner Rosita, le sujet de sa conférence dévie et devient une réflexion sur l’écrivain en tant qu’espion, des autres et de soi-même.

La lecture de ce roman est extrêmement agréable car si le sujet en est le ressassement, la réflexion inquiète ; jamais l’auteur ne nous donne l’impression de rabâcher. Nous sommes promenés de réflexions piquantes en anecdotes délirantes (la rencontre de l’écrivain avec Graham Greene, son père parlant aux gens qui se trouvent sous le trottoir…).

De plus, le récit est tissé de références intellectuelles (à Fernando Pessoa, à Joseph Conrad). Mais cela est fait sans ostentation. Rien ne pèse ni ne pose. Cela peut faire penser à Woody Allen dans le sens où le fond de l’histoire est angoissant mais la forme plaisante. Des questions profondes sont abordées avec ironie.

Ce livre donne envie d’en lire d’autres du même auteur, qui se situe entre Italo Calvino, Raymond Queneau et Borges. Que des gens fréquentables bien que dérangés. Comme le note l’auteur : "J’ai, à ma manière, essayé de me comporter comme si j‘étais l’ancien Dieu des Chrétiens. J’ai, à ma manière, essayé d’être partout et de tout espionner, d’espionner tout le monde. Etrange façon de vivre."


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2003
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