Enrique
Vila-Matas nous montre que les écrivains se nourrissent
des autres, les espionnent. Mais c’est loin d’être
tragique.
Etrange façon de vivre que celle de l’écrivain
et plus particulièrement du romancier. Voici un homme
qui passe un temps incroyable dans son bureau et dans son imaginaire.
Drôle de métier !
Etrange façon de vivre est un roman d’Enrique Vila-Matas.
Ecrivain espagnol et plus particulièrement Barcelonais,
né en 1948 et couronné par les plus grands prix.
Bref un homme précédé d’une réputation
flatteuse et il faut l’avouer, à la lecture de
ce roman, totalement méritée.
Ce livre raconte la journée d’un romancier tiraillé
entre deux femmes qui ont un lien de parenté. L’une
Carmina est sa femme et la mère de son fils, elle est
une femme pour toujours, de celles qu’on épouse
et qu’on accompagne pendant toute sa vie. L’autre
Rosita est la maîtresse. Elle tient l’auteur par
les sens, mais s’il quitte le domicile conjugal, il n’est
pas sûr que Rosita le garde bien longtemps.
Le romancier doit donner le soir venu une conférence
sur la structure mythique du héros. Mais soucieux d’impressionner
Rosita, le sujet de sa conférence dévie et devient
une réflexion sur l’écrivain en tant qu’espion,
des autres et de soi-même.
La lecture de ce roman est extrêmement agréable
car si le sujet en est le ressassement, la réflexion
inquiète ; jamais l’auteur ne nous donne l’impression
de rabâcher. Nous sommes promenés de réflexions
piquantes en anecdotes délirantes (la rencontre de l’écrivain
avec Graham Greene, son père parlant aux gens qui se
trouvent sous le trottoir…).
De plus, le récit est tissé de références
intellectuelles (à Fernando Pessoa, à Joseph Conrad).
Mais cela est fait sans ostentation. Rien ne pèse ni
ne pose. Cela peut faire penser à Woody Allen dans le
sens où le fond de l’histoire est angoissant mais
la forme plaisante. Des questions profondes sont abordées
avec ironie.
Ce livre donne envie d’en lire d’autres du même
auteur, qui se situe entre Italo Calvino, Raymond Queneau et
Borges. Que des gens fréquentables bien que dérangés.
Comme le note l’auteur : "J’ai, à ma
manière, essayé de me comporter comme si j‘étais
l’ancien Dieu des Chrétiens. J’ai, à
ma manière, essayé d’être partout
et de tout espionner, d’espionner tout le monde. Etrange
façon de vivre."