Dans
son court recueil de nouvelles, Ornela Vorpsi nous explique comment
grandir lorsqu’on est une petite fille dans l’Albanie
des années 70, ce "pays où l’on ne meurt
jamais" mais où les hommes sont machistes à l’extrême,
et où le manque (y compris d’amour) se fait sentir.
Pour autant, l’ouvrage n’est pas du tout gris ni triste.
Le ton est drôle, ironique sans être cynique et l’on
prend beaucoup de plaisir à lire les histoires d’Ina,
Elona, Ornela ou Eva.
Ornela Vorpsi nous parle de ces attachantes petites filles (qui finissent
par n’en faire qu’une) qui passent de l’enfance
à la (pré)adolescence en composant avec le machisme
ambiant.
Lorsqu’ils ne sont pas en prison pour d’obscures raisons,
les hommes (les pères y compris), sont obsédés,
obnubilés, par les femmes. Les laides sont négligées
tandis que les beautés sont forcément des putes ; difficile
donc pour nos jeunes filles de se résigner à quitter
l’enfance.
"Moi, qui ait treize ans et qui ignore encore ce que les hommes
ont dans leur pantalon (mystère qui, semble-t-il, est en rapport
étroit avec tout ce qui a trait à la putinerie), je
me sens une pute exemplaire".
Les narratrices nous expliqueront comment vivre dans ce "pays
où l’on ne meurt jamais" mais où il faudrait
pourtant mourir pour être respecté.
"C’est que le respect des Albanais, il faut savoir le mériter
: commencez à mourir, vous l’éveillerez ; une
fois mort, vous l’obtiendrez". "Vis que je te haïsse,
et meurs que je te pleure".
Elles nous diront aussi pourquoi il leur faut apprendre (souvent à
coup de trique) à être sages, à se méfier
des hommes, et à vénérer la Mère Patrie.
Elles nous relatent enfin les joies de l’économie planifiée
(que ne faut-il pas faire pour se procurer des livres, seul moyen
de s’évader !) ou les obligations militaires.
"Apprendre à défendre la Patrie, notre patrie,
celle que le monde entier nous envie pour sa marche victorieuse vers
le communisme".