Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Laetitia Devaux
Gallimard La Noire - 254 pages
Peut-on
tuer en toute impunité quand son père est le shérif
de la ville ? Alan Watt apporte à cette question une
réponse qui en fait un des romans les plus forts que
vous pouvez lire en ce moment.
Imaginez Titoff, le comique marseillais écrivant un roman.
Et imaginez que ce roman soit un choc littéraire, l’une
des meilleures histoires qui nous aient été contées
depuis longtemps.
Eh bien Alan Watt est une sorte de Titoff. Né en en Ecosse
à Aberdeen en 1965, il a suivi ses parents à l’âge
de 3 ans aux Etats-Unis. Il a vécu au Canada et a embrassé
pendant plus de dix ans la carrière de comique. Plus
exactement, il a été stand-up comedian, c’est-à-dire
un acteur improvisant face au public.
Il a publié en 2000 un roman que Gallimard et la Noire
ont la bonne idée de nous faire parvenir en ce début
2004. Une histoire qui n’a vraiment rien de comique et
qui, par moments, vire au tragique.
Ce qui est formidable avec ce roman, c’est qu’en
le lisant, on est accroché dès le départ.
Pourtant l’histoire est archétypale : Neil Garvin
a 17 ans. Au lycée, il est quaterback vedette dans l’équipe
de football (américain). Il est formidablement doué.
Un agent l’a repéré et s’il intègre
une équipe d’université, l’avenir
est à lui. Résultat de cette équation,
Neil se conduit comme un roitelet ou un enfant gâté.
Tout lui est permis.
Un soir, après avoir beaucoup bu, il écrase un
lycéen. Son père, shérif de la ville, cache
le corps et décide de dissimuler ce meurtre. Neil va-t-il
supporter d’apparaître innocent alors qu’il
est coupable ?
On le voit, au résumé de la trame du roman, on
passe d’une situation passe-partout à un conflit
moral. La fin du roman apportera même une touche métaphysique.
Nous avons là un récit qui s’élève
constamment et qui nous prend dans ses filets. Nous suivons
le parcours initiatique de Neil, comme s’il s’agissait
de notre fils ou de notre frère.
En cela, nous sommes aidés par l’écriture
de ce livre. Alan Watt sait que le talent se trouve dans les
détails. Il nous fait ressentir la chaleur étouffante
et répétitive du Nevada, le fait d’habiter
une ville proche du miroir aux alouettes qu’est Las Vegas.
Il nous plonge dans l’enfer des relations père-fils.
Le shérif est aussi craint que détesté.
Il est capable de violence. Cela faisait longtemps qu’on
ne s’était pas retrouvé dans une relation
qui n’a rien à envier à celle des classiques.
Le fils doit-il tuer (symboliquement) le père pour devenir
lui-même ?
Le titre original (Diamond dogs) aurait dû être
gardé. Les plus pointus en rock auront reconnu le titre
d’un album de David Bowie, lui-même inspiré
par William Burroughs. Il fait également référence
au père de Neil qui est un fan du chanteur sirupeux Neil
Diamond et passe son temps à aller le voir en concert
à Las Vegas. Écouter et aimer Neil Diamond apparaît
comme une drogue de substitution à ceux qui sont cramés
par la vie et ne ressentent plus rien...
Alors Titoff, tu nous l’écris en français
ton roman ? Prends exemple sur Alan Watt.