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     LiVReS
 
LA DOULEUR DE MANFRED
Robert McLIAM WILSON

Traduit de l’anglais
par Brice Matthieussent

Bourgois - 276 pages
Erreur de parcours d’un auteur loué par les critiques littéraires


Robert McLiam Wilson est un auteur irlandais qui a écrit Ripley Bogle et Eureka street, deux romans parmi les plus importants et les plus généreux parus en Grande-Bretagne durant les années 1990. Il sait faire vivre un quartier, une ville, un pays. Il a le souffle épique et le sens du comique. Bref un auteur comme on les aime et comme on a envie de les faire aimer.

Tout serait donc parfait dans le meilleur des mondes et la rentrée littéraire serait une avalanche de livres indispensables… Sauf que La douleur de Manfred, le roman de Mc Liam Wilson vient de paraître et qu’il est encensé par la critique. Une lecture attentive de ce roman ne permet pas de participer à la fête.

En effet, rarement un livre aussi boursouflé ne nous sera parvenu sous les yeux. L’auteur veut faire de la poésie et il truffe sa phrase d’adjectifs comme le cuisinier truffe son gigot d’ail. Or la poésie ne supporte pas l’enflure. Mc Liam Wilson, tel une grenouille qui veut se faire aussi grosse qu’un bœuf, finit par plomber une histoire qui aurait tout eu pour retenir notre attention, si l’auteur n’y avait injecté un style… Ouh la la ! un style qui serait l’équivalent d’un Claude Lelouch ayant pris de la cocaïne et mangé un cassoulet copieux en même temps.

L’histoire est celle de Manfred, juif anglais, vieil homme malade vivant à Londres et sur le point de mourir. Alternent les moments de sa vie actuelle faite de décrépitude et de bouffonnerie et les moments de sa vie passée de son enfance à l’âge adulte. En fait, sa vie apparaît comme un naufrage et l’histoire d’amour qui l’a uni à Emma n’a abouti qu’à un naufrage…

Un des points sur lesquels il faut adhérer, si l’on veut rentrer dans ce roman, est la manière nauséabonde dont Mc Liam Wilson décrit la vieillesse. Il a un regard sans pitié qui pointe la déchéance physique. Pour parler de Manfred, le mot « vieillard » revient toutes les dix lignes. L’auteur nous prend pour des sourds et des malentendants. Il martèle donc ses intentions avec la finesse d’un homme politique en fin de banquet.

Bon, n’insistons pas ! Peut-être s’agit-il du premier roman écrit par l’auteur et qu’il a réussi à fourguer à un éditeur, une fois que Ripley Bogle a eu du succès. Espérons que l’auteur nous revienne rapidement en pleine forme et nous parle de ce qu’il connaît le mieux, l’Irlande.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Septembre 2003
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