Erreur
de parcours d’un auteur loué par les critiques
littéraires
Robert
McLiam Wilson est un auteur irlandais qui a écrit Ripley
Bogle et Eureka street, deux romans parmi les plus importants
et les plus généreux parus en Grande-Bretagne
durant les années 1990. Il sait faire vivre un quartier,
une ville, un pays. Il a le souffle épique et le sens
du comique. Bref un auteur comme on les aime et comme on a envie
de les faire aimer.
Tout serait donc parfait dans le meilleur des mondes et la rentrée
littéraire serait une avalanche de livres indispensables…
Sauf que La douleur de Manfred, le roman de Mc Liam Wilson vient
de paraître et qu’il est encensé par la critique.
Une lecture attentive de ce roman ne permet pas de participer
à la fête.
En effet, rarement un livre aussi boursouflé ne nous
sera parvenu sous les yeux. L’auteur veut faire de la
poésie et il truffe sa phrase d’adjectifs comme
le cuisinier truffe son gigot d’ail. Or la poésie
ne supporte pas l’enflure. Mc Liam Wilson, tel une grenouille
qui veut se faire aussi grosse qu’un bœuf, finit
par plomber une histoire qui aurait tout eu pour retenir notre
attention, si l’auteur n’y avait injecté
un style… Ouh la la ! un style qui serait l’équivalent
d’un Claude Lelouch ayant pris de la cocaïne et mangé
un cassoulet copieux en même temps.
L’histoire est celle de Manfred, juif anglais, vieil homme
malade vivant à Londres et sur le point de mourir. Alternent
les moments de sa vie actuelle faite de décrépitude
et de bouffonnerie et les moments de sa vie passée de
son enfance à l’âge adulte. En fait, sa vie
apparaît comme un naufrage et l’histoire d’amour
qui l’a uni à Emma n’a abouti qu’à
un naufrage…
Un des points sur lesquels il faut adhérer, si l’on
veut rentrer dans ce roman, est la manière nauséabonde
dont Mc Liam Wilson décrit la vieillesse. Il a un regard
sans pitié qui pointe la déchéance physique.
Pour parler de Manfred, le mot « vieillard » revient
toutes les dix lignes. L’auteur nous prend pour des sourds
et des malentendants. Il martèle donc ses intentions
avec la finesse d’un homme politique en fin de banquet.
Bon, n’insistons pas ! Peut-être s’agit-il
du premier roman écrit par l’auteur et qu’il
a réussi à fourguer à un éditeur,
une fois que Ripley Bogle a eu du succès. Espérons
que l’auteur nous revienne rapidement en pleine forme
et nous parle de ce qu’il connaît le mieux, l’Irlande.