Fort
du succès de La maladie de Sachs, Martin Winckler nous
propose de retrouver son héros plus jeune de 20 ans,
et de vivre avec lui ses années d'étude en fac
de médecine à Tourmens. Superbe.
Quand Dumas choisissait de situer 20 ans après sa suite
aux Trois mousquetaires, Martin Winckler a choisi, lui, de revenir
20 ans avant pour évoquer les études de médecine
de Bruno Sachs, son héros, son double, découvert
en 1998 avec La maladie de Sachs.
Les trois médecins, donc, comme Les trois mousquetaires
de son illustre modèle. L'analogie n'est pas gratuite
puisque Martin Winckler avoue lui-même que sans cette
idée de départ, nous n'aurions rien su du passé
de Sachs. Mais l'idée lui est venue et son talent a fait
le reste.
Nous voici donc en 1973, à la faculté de médecine
de Tourmens, une ville imaginaire "née de l'union
féconde entre réalité et littérature".
Sachs y entame ses études en digne "fils de son
père", médecin lui-même. Il se lie
rapidement d'amitié avec André Solal, Basile Bloom
et Christophe Gray, trois autres étudiants qui, comme
lui, décident de se vouer à la médecine
générale et de tourner le dos à la voie
royale de l'Internat. Au cours de leurs sept années d'étude,
ils vivront le bouleversement de la société française
(contraception, légalisation de l'IVG, réformes
sociales, contestation du pouvoir des "mandarins")
et de leurs propres vies au gré d'événements
plus personnels, légers et drôles parfois, mais
le plus souvent graves ou tragiques, toujours marqués
par une amitié à toute épreuve.
Et Dumas dans tout ça ? Partout ! Dans la faconde de
Martin Winckler, dans son amour des hommes et de la vie, dans
sa verve et son style, dans son imagination et dans sa manière
de faire du lecteur le cinquième médecin (comme
Dumas avant lui avait fait de nous le cinquième mousquetaire).
Sans oublier ses clins d'œil complices à l'illustre
ancêtre quand il nous refait le coup de la rencontre entre
les quatre futurs amis ou celui des ferrets de la Reine qui
prennent cette fois la forme d'un stylo de prix…
Tout dans Les trois médecins respire l'intelligence (du
cœur et de la tête) et l'amour (de la vie et du lecteur).
Martin Winckler nous avait habitué au meilleur, il ne
relâche pas son effort et place la barre un peu plus haut
encore. Les trois médecins est certainement l'un des
meilleurs ouvrages de cette rentrée.