Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Bernard Cohen
Robert Laffont - 651 pages
Ancien
journaliste, Tom Wolfe trouvait sans doute le format trop court et
a donc bifurqué vers le roman. De cette première carrière
vient peut-être le choix de ses thèmes et leur traitement
: dans chacun de ses (gros) romans, choisir un milieu ou un phénomène
de société, qui ne lui plaît pas, et en faire
une description au vitriol.
Avec Moi, Charlotte Simmons, il s’attaque aux campus américains.
Pour nous faire découvrir ce microcosme, Tom Wolfe nous entraîne
à la suite de Charlotte Simmons, enfant méritante d’une
petite communauté de Caroline du Nord qui, fait sans précédent
dans sa petite ville, obtient une bourse d’études dans
l’une des universités les plus célèbres
du pays : Dupont en Pennsylvanie.
Oubliez toute l’imagerie d’excellence des campus que vous
pouvez avoir ! L’université que nous découvrons
avec Charlotte, élevée dans une religiosité dont
les Américains ont le secret, est un lieu de perdition. Ce
qu’elle découvre ? Une communauté où les
rapports de classe sont exacerbés, les "beautiful people",
rejetons de la haute bourgeoisie, cohabitant avec quelques boursiers
qui n’ont pas les codes pour survivre au milieu de cette faune
et, bien sûr, les fameux sportifs. Noirs pour la plupart, ils
sont chargés de porter au plus haut les couleurs de l’université,
source de revenus appréciable, l’excellence sportive
étant un bon argument pour attirer les donateurs.
Les principaux centres d’intérêt de ces jeunes
gens : baiser et picoler. Normal me direz-vous, à cet âge.
D’accord, mais la description qu’en fait Tom Wolfe est
plutôt nauséeuse et les personnages pas très sympathiques.
Vierge, n’ayant jamais bu un verre d’alcool, la plongée
dans ce milieu va être douloureuse pour Charlotte. Mais elle
finira pas s’adapter et en intégrera les codes. Arrivée
dans ce qu’elle pense être un temple du savoir, la dernière
image que nous avons d’elle, c’est installée aux
premières loges du match de basket de l’équipe
universitaire !
Tom Wolfe s’est souvent posé en héritier de Zola
et du roman naturaliste. Etudier l’être humain comme on
le ferait d’un insecte, le suivre dans une voie toute tracée
par les déterminismes sociaux… Si ce furent effectivement
les fondements du roman naturaliste, Zola a souvent donné plus
de substance à ses personnages, notamment en leur laissant
la possibilité de se révolter. Mais il est vrai que
Tom Wolfe se doit d’être en phase avec l’image d’auteur
réactionnaire qu’il s’est choisi !