Traduit du coréen
par Jean-Noël Juttet et Choi Mikyung
Zulma - 148 pages
"Personne
ne vous dira que ma femme, elle est jolie. Ou alors faut être
complètement tordu. Moi, qui dois la supporter tous les jours,
je vous le dis, elle est vraiment pas jolie, et pourtant je fais de
mon mieux pour la voir sous le meilleur jour."
Passage d’un roman français contemporain qui aborde avec
cynisme les relations hommes-femmes ? Autobiographie d’un misogyne
? Non, début d’une nouvelle d’un écrivain
coréen du début du XXe siècle, Kim Yu-Jong.
Avec une étonnante modernité et dans neuf nouvelles,
l’auteur parle du couple. Les personnages des nouvelles se ressemblent,
comme s’il s’agissait toujours du même homme et
de la même femme, mis en scène dans des situations différentes.
Les hommes sont lâches, flemmards, âpres au gain et violents.
Les femmes en général discrètes, courageuses
et travailleuses.
L’action se situe dans un monde rural pauvre, où la dureté
de la vie excuserait presque le comportement des hommes. Dans une
telle misère, il faut bien se débrouiller par tous les
moyens, quitte à le faire aux dépens des femmes…
Dans La marmite, par exemple, l’homme n’hésite
pas à voler les ustensiles ménagers de sa femme pour
en séduire une autre. Les personnages féminins ne valent
pas toujours mieux : l’une d’elles se prostitue, l’autre
trahit la confiance d’un homme. Dans les couples, aucune tendresse,
pas d’amour : l’important, c’est de survivre.
Mais dans ces nouvelles ne règne pas seulement la violence.
L’humour - un humour particulier, certes - est présent,
notamment dans la description des personnages, tous plus naïfs
et idiots les uns que les autres. Le style, familier, vivant, rend
la lecture vraiment prenante. À conseiller surtout : La marmite
et La vagabonde.