Florian
Zeller écrit sur les plaisanteries qui tournent mal et
sur l’intégrisme religieux qui peut faire suffoquer
un pays. Il a du talent. Pourvu que cela dure.
Florian Zeller est beau gosse. Il faut le reconnaître
: il ressemble davantage à un mannequin à qui
l’on proposerait de tourner un rôle de play-boy
dans une série française qu’à un
écrivain tout hâve et chétif, miné
par le stress et les joues mangées par une barbe de trois
jours.
Sans connaître Florian Zeller et uniquement parce que
je l’avais vu invité dans des émissions
où la littérature est prétexte à
tout sauf à faire vendre des livres, j’avais traité
ses ouvrages par le dédain (je ne les avais simplement
pas lus). C’est bien connu : si la beauté cachée
des laids se voit sans délais, la beauté des beaux
fait écran à leur beauté intérieure.
Florian Zeller vient d’avoir le prix Interallié
pour son dernier roman. Je ne vais pas vous faire un topo sur
les prix littéraires, mais vous savez sans doute qu’ils
sont le fruit d’arrangements entre quelques maisons d’édition
parisiennes. L’entreprise dans laquelle je travaille a
acheté l’ensemble des prix littéraires pour
qu’ils soient disponibles dans la bibliothèque
du CE. Et donc, un jour, entre midi et deux, passant au comité
d’entreprise et voyant la belle gueule de Zeller, j’ai
lu le petit résumé au dos du livre et je me suis
dit (ce qui m’a surpris, mais bon…) : pourquoi ne
pas lire ce roman ?
Et toujours pour être honnête, je me suis dit :
ça doit tellement être chiant que tu ne tiendras
pas dix pages.
Et bien, j’étais victime de mes préjugés
car La tentation du pire, roman sous influence ou perfusion
Houellebecq-Beigbeider m’a permis de découvrir
la voix d’un écrivain délicieusement français
et ouvert sur le monde. On a beau dire, il est difficile de
faire coïncider ces deux éléments.
Bien sûr, cela raconte l’histoire d’un écrivain
qui est invité à un colloque au Caire, en Egypte,
colloque dans lequel il représente la littérature
française contemporaine. Il est accompagné de
Martin Millet, écrivain qui sera celui par qui le scandale
arrive.
L’aspect du roman qui consiste à lire un roman
sur un écrivain, écrit par un écrivain…
est pour l’amateur de mise en abyme. Ce qui est beaucoup
plus intéressant est la description d’une ville
privée de sexe par les interdits d’une religion.
Zeller a une manière bien à lui de suggérer
par petites touches et de minimiser pour nous faire entendre
l’étendue des douleurs. Certaines atténuations
de son récit sont sans doute des reliefs de son âge.
Cependant, 25 ans ou pas, il y a indéniablement le ton
et la plume d’un auteur, l’envie également
de s’affronter à des sujets importants pour l’honnête
homme du XXIe siècle.
Un plaisir mineur n’en est pas moins un plaisir. Tout
est bon à prendre en ces temps de bûches et de
marrons glacés.