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     LiVReS
 
LA FASCINATION DU PIRE
Florian ZELLER

Flammarion - 211 pages
Florian Zeller écrit sur les plaisanteries qui tournent mal et sur l’intégrisme religieux qui peut faire suffoquer un pays. Il a du talent. Pourvu que cela dure.


Florian Zeller est beau gosse. Il faut le reconnaître : il ressemble davantage à un mannequin à qui l’on proposerait de tourner un rôle de play-boy dans une série française qu’à un écrivain tout hâve et chétif, miné par le stress et les joues mangées par une barbe de trois jours.

Sans connaître Florian Zeller et uniquement parce que je l’avais vu invité dans des émissions où la littérature est prétexte à tout sauf à faire vendre des livres, j’avais traité ses ouvrages par le dédain (je ne les avais simplement pas lus). C’est bien connu : si la beauté cachée des laids se voit sans délais, la beauté des beaux fait écran à leur beauté intérieure.

Florian Zeller vient d’avoir le prix Interallié pour son dernier roman. Je ne vais pas vous faire un topo sur les prix littéraires, mais vous savez sans doute qu’ils sont le fruit d’arrangements entre quelques maisons d’édition parisiennes. L’entreprise dans laquelle je travaille a acheté l’ensemble des prix littéraires pour qu’ils soient disponibles dans la bibliothèque du CE. Et donc, un jour, entre midi et deux, passant au comité d’entreprise et voyant la belle gueule de Zeller, j’ai lu le petit résumé au dos du livre et je me suis dit (ce qui m’a surpris, mais bon…) : pourquoi ne pas lire ce roman ?

Et toujours pour être honnête, je me suis dit : ça doit tellement être chiant que tu ne tiendras pas dix pages.

Et bien, j’étais victime de mes préjugés car La tentation du pire, roman sous influence ou perfusion Houellebecq-Beigbeider m’a permis de découvrir la voix d’un écrivain délicieusement français et ouvert sur le monde. On a beau dire, il est difficile de faire coïncider ces deux éléments.

Bien sûr, cela raconte l’histoire d’un écrivain qui est invité à un colloque au Caire, en Egypte, colloque dans lequel il représente la littérature française contemporaine. Il est accompagné de Martin Millet, écrivain qui sera celui par qui le scandale arrive.

L’aspect du roman qui consiste à lire un roman sur un écrivain, écrit par un écrivain… est pour l’amateur de mise en abyme. Ce qui est beaucoup plus intéressant est la description d’une ville privée de sexe par les interdits d’une religion.

Zeller a une manière bien à lui de suggérer par petites touches et de minimiser pour nous faire entendre l’étendue des douleurs. Certaines atténuations de son récit sont sans doute des reliefs de son âge. Cependant, 25 ans ou pas, il y a indéniablement le ton et la plume d’un auteur, l’envie également de s’affronter à des sujets importants pour l’honnête homme du XXIe siècle.

Un plaisir mineur n’en est pas moins un plaisir. Tout est bon à prendre en ces temps de bûches et de marrons glacés.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2004
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