On
est au Nouveau Casino, quelques heures avant le gig de Coldcut, pour
une rare rencontre avec son co-createaur Jonathan Moore. Le musicien
qui fait une tournée européenne est épuisé,
las, mais très poli et surtout modeste. On parle de rap, de
l’avenir de la musique dance et du monde de la musique téléchargable.
Comment tu trouves Paris ?
En fait je n’ai rien vu. Je viens de descendre du bus d’Amsterdam,
et je rentre à Londres ce soir.
Coldcut est un groupe électronique célèbre
pour mélanger un tas de styles différents comme hip-hop,
jazz et rock. Aime–tu les groupes rock qui ajoutent une dimension
electro à leur musique ?
Le Rock a embrassé plusieurs éléments de la musique
dance, par les producteurs ou par leurs instrumentations elles-mêmes,
et donc la distance entre les deux genres a diminué. Les groupes
comme The Testites englobent la musique danse et les pas dans leur
musique, mais ils communiquent leur son dans une sorte de punk-rock.
Notre album Beats and pieces était essentiellement un disque
rock. Je pense que le mix devient désagréable seulement
quand les styles différents sont collés sans aucun attention.
Coldcut ont été politiqués actif dans
le passé avec des clips comme World of evil et Revolution.
Etes-vous toujours intéressés par la politique et, si
oui, avez-vous une nouvelle cause ? (Jonathan Moore détourne la question…) Les artistes
sont toujours sollicités pour donner leur point de vue politique.
Mais il est intéressant de remarquer que les rappeurs, eux,
ne sont jamais interrogés sur les propos mysogines et homophobes
qui émaillent leurs textes !
Ah, je croyais que vous aimez le hip-hop ?
Oui, mais quand le hip-hop commençait, c’était
plus révolutionnaire, c’était une réaction
à la musique disco qui représentait un mode de vie maintenant
connu sous le nom de “bling”. Les enfants noirs qui n’avaient
pas le moyen d’entrer au Studio 54 à New York ont réagi
avec une musique positive et révolutionnaire. Mais le rap moderne
a été usurpé par des gens qui l’utilisent
comme un véhicule pour exprimer leurs opinions assez négatives.
À mon avis la musique la plus provocatrice ne viendra plus
du rap commercial américain.
Tous vos albums, y compris le tout récent Sound
mirrors, sont disponibles en téléchargement illégal
sur Internet. Que pense-tu du fait de télécharger gratuitement
des fichiers mp3 ?
On ne peut pas l’arrêter, mais c’est comme la différence
entre aller au supermarché et aller chez l’épicier
spécialisé. Si tu ne payes pas plus cher pour le produit
original et que tu vas plutôt au supermarché, l’épicier
sera obligé de fermer ses portes. Si les gens continuent à
voler la musique, Ninja Tunes, notre label, ne sera plus capable de
créer les disques…
Pour toi, voler et partager c’est la même chose
?
Oui. C’est-à-dire qu’il existe quand même
un bon usage du peer to peer. Par exemple, si t’es un ado qui
veut découvrir un artiste que recommandé par des amis,
alors oui, d’accord, tu peux copier quelques chansons. C’est
comme de la promo, finalement. Mais après… NON !
Êtes-vous toujours aussi actif avec votre label Ninja
Tunes ?
Absolument. Mon studio à Londres est situé à
derrière le bâtiment de Ninja Tunes. Donc je suis presque
toujours là, même si je ne peux pas assister à
toutes les réunions. On a des collaborateurs de confiance qui
partagent nos principes.
Pour finir, quels sont ton livre et ton film préférés
?
Normalement je ne lis que les guides, les journaux et les blogs. Mais
j’ai adoré l’autobiographie de Ian Dury. En ce
moment je lis un livre sur le rapport entre les sons et les couleurs.
Mon film du moment c’est un film de skate réalisé
par des ados du Kent auxquels j’ai permis d’utiliser de
la musique de Ninja Tunes. C’était génial !