Deuxième
partie de l’interview qu’Olivia Ruiz nous a accordée
par téléphone, depuis un TGV mal embouché qui
a joué avec nos ondes (et nos nerfs) jusqu’au bout…
Mais on arrive à tout avec de la persévérance
et une interlocutrice sympa et compréhensive…
Allez, c’est parti !
AVENIR
Jowebzine.com - Olivia, est-ce qu ‘avec cet album et les tournées
qui ont suivi – et qui suivent encore - , vous avez l’impression
d’avoir atteint votre but, une sorte d’idéal artistique
? Olivia Ruiz - Ah mais non ! Parce que sinon ça voudrait
dire qu’on peut arrêter maintenant ! Le but, il recule
à chaque fois qu’on arrive à le frôler.
Donc bien sûr que non ! Je crois que jusqu’à ma
mort je n’aurai jamais atteint mon but, sinon ça voudrait
dire que j’ai plus la niaque pour avancer, donc que je ne suis
plus créative. Il faut toujours avoir un but et quand on y
arrive, il y en a toujours plein d’autres pour vous emmener
beaucoup plus loin.
Jowebzine.com - Quel ingrédient vous voudriez rajouter dans
le prochain pour aller encore plus loin ? Olivia Ruiz - Je n’en sais rien. Je n’en suis
pas du tout à penser à mon prochain album. J’ai
encore cent concerts, des choses à écrire… Je
ne suis vraiment pas dans la réflexion au moment où
je crée. Je fais des choses et je vois après, ce qui
se passe . Ce n’est vraiment pas dans mes habitudes de travailler
en réfléchissant avant.
Jowebzine.com - Jusqu’à présent vous vous êtes
révélée comme une interprète exceptionnelle
en vous imposant comme une sorte de pont entre la chanson française
et le rock alternatif. Néry, Juliette etc… vous ont confié
des morceaux, vous en avez fait des choses magnifiques. Et pourtant,
votre plus gros succès (J’traîne des pieds) est
un morceau que vous avez écrit entièrement vous-même.
Est ce qu’à l’avenir vous pensez cultiver ce talent
d’auteur compositeur ou vous allez continuer à collaborer
avec d’autres ? Olivia Ruiz - Comme je vous dis, je ne suis vraiment pas dans
une réflexion par rapport à ça. Moi, je fais
les choses au pif. Des chansons j’en ai des tonnes. Je ne sais
pas si sur le prochain album je déciderai de mettre les miennes
ou celles d’autres. Effectivement la Femme chocolat, ça
marche super bien et il y a plein de chansons à moi, donc ça
me fait me dire que je devrais en sortir plus des miennes au moment
où je ferai un nouveau disque. Maintenant, on verra…
Moi je me laisse vivre et je sortirai des morceaux qui sont miens
ou pas pour ce prochain disque en temps voulu.
Jowebzine.com - Et avec qui vous rêveriez de travailler sur
des chansons ou un album, dans l’absolu (même quelqu’un
de disparu) ? Olivia Ruiz - Euh…Tom Waits, Patti Smith, Catherine
Ringer…
Jowebzine.com - Ils sont encore tous là : c’est le moment
de les contacter ! Olivia Ruiz - Ah mais, oui-oui, bien sûr !
ENFANCE
Jowebzine.com - Le thème de l’enfance est souvent abordé
dans vos chansons, sous un angle plutôt nostalgique. Que représente
pour vous l’enfance ? Qu’est ce qui la caractérise
? Olivia Ruiz - C’est la spontanéité, c’est
la fraîcheur, c’est le fait de savoir toujours s’émerveiller,
savoir être sensible à tout ce qui se passe autour de
soi. Pour moi c’est ça, c’est cette partie là
de l’enfance que j’essaie de cultiver. Maintenant, dans
ce disque, on parle de l’enfance, de la famille, de plusieurs
façons ; autant sous l’angle rassurant, cocon, qui tient
chaud et qui fait du bien que dans l’aspect destructeur, dans
le sens où il faut un jour couper ce cordon qui nous relie
à l’enfance, à la famille, si on veut pouvoir
s’épanouir vraiment. Mais on sait bien que la femme et
l’enfant peuvent quand même continuer à cohabiter
à l’intérieur de soi...
Jowebzine.com - A quel âge, d’après vous quitte-t-on
l’enfance ? Olivia Ruiz - Moi, je suis en train, là… j’ai
27 ans dans deux mois… donc, chacun à son rythme ! Mais
justement, j’arrive à en sortir parce que je sais qu’elle
ne me quitte pas vraiment !
Jowebzine.com - On est donc bien dans la nostalgie… Olivia Ruiz - Oui
SETE… CARCASSONNE… TOULOUSE… ET NARBONNE ?
Jowebzine.com - Dans la récente compilation hommage à
Georges Brassens, Putain de toi, c’est vous qui reprenez la
chanson-titre. Est ce vous qui l’avez choisie et pourquoi ? Olivia Ruiz - Oui, c’est moi qui l’ai choisie,
qui ai choisi les musiciens avec lesquels j’avais envie de travailler,
qui ai décidé de l’arrangement…
Jowebzine.com - Et pourtant, c’est une chanson plutôt
masculine. Olivia Ruiz - Pas du tout, non ! C’est vous qui vous
imaginez ça. Il y des femmes qui vivent avec des hommes…
là je traite cette femme comme si c’était moi
qui vivait avec et ça me paraît totalement plausible.
Jowebzine.com - Quand on regarde votre ville d’origine, près
de Carcassonne, on s’aperçoit qu’elle se situe
à la même distance de Sète que de Toulouse (d’où
était originaire Claude Nougaro, que vous citez souvent comme
une référence)… Olivia Ruiz - Absolument ! Géographiquement je suis
pile à mi-distance entre Brassens et Nougaro mais effectivement
mon cœur est plus vers Toulouse que vers Sète ou Pézenas
comme Boby Lapointe. Malgré l’admiration et le fait que
je me sois beaucoup intéressée à Brassens et
Lapointe, c’est vrai que ce sont des gens que j’ai découverts
plus tard, donc qui m’ont forcément un peu moins marquée.
Jowebzine.com - Et alors, à équidistance, on trouve
aussi Narbonne... Olivia Ruiz - Eh oui, tout à fait… Charles Trénet.
Je l’ai découvert à l’âge d’une
dizaine d’année : on avait monté un spectacle
autour de Charles Trénet avec la chorale dans laquelle de chantais.
Il y a le côté music-hall que j’adore et en même
temps, c’est vrai que je n’adhère pas à
tout. Contrairement à Brassens ou Nougaro où j’estime
qu’il n’y a rien à jeter.
Jowebzine.com - Pourtant, on vous verrait bien sur certaines chansons
de Charles Trénet. Olivia Ruiz - C’est sûr, je me verrais bien sur
certaines de ses chansons, mais pour le moment, je vais m’occuper
surtout des miennes. Et si j’avais l’occasion de faire
des reprises, je crois que j’aurais d’autres priorités
que Trénet… il y a des choses qui me font fantasmer davantage
!
ROCK ALTERNATIF FRANCAIS
Jowebzine.com - Comment expliquez vous que vous ayez de telles racines
dans le mouvement rock alternatif français alors que vous n’étiez
qu’une toute petite fille à cette belle époque
de la Mano Negra et consorts ? Olivia Ruiz - Ah mais moi j’étais adolescente,
donc ça s’adressait très exactement à moi
! Quand je suis entrée au Lycée, j’ai fait la
connaissance de pas mal de musiciens et effectivement, quand j’ai
parlé de mes références, ils m’ont fait
découvrir la "descendance", qui sont ces gens là.
La Mano Negra, mon père a toujours beaucoup écouté
à la maison, même ma grand-mère Rita écoute
la Mano Negra, donc c’est encore autre chose. Mais je pense
aux VRP, aux Nonnes Troppo… tout ça je l’ai découvert
à l’entrée au lycée. Parce qu’il
y avait plein de petits disquaires à Narbonne très spécialisés
chez lesquels j’allais fouiner, parce que les rencontres, tout
ça…
Et puis la ligne a coupé… définitivement…
Merci la SNCF et Bouygues Telecom !
Bonne route à vous Olivia et merci pour ce petit moment en
votre compagnie.
Pour d’autres infos et voir Olivia Ruiz en concert (plein de
dates partout en France) : www.olivia-ruiz.com