Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018 Paris
Tel : 01 46 06 49 24
Au
théâtre de l’Atelier, souffle l’esprit de
Woody Allen, porté par des acteurs en pleine osmose. C’est
bon de rire du malheur d’autrui.
Au début de Central Park West, on a un peu peur. Le décor
qui représente un intérieur new-yorkais est assez laid
et les animations qui précèdent la pièce relativement
inutiles. Et puis au bout de quelques minutes, on se laisse emporter
par ce qui s’apparente à un jeu de massacre jouissif.
Une psy vient d’apprendre que son mari la trompait avec sa meilleure
amie, qu’elle a fait venir chez elle pour qu’elles puissent
se confronter. Interviendront ensuite, dans la pièce, le mari
de la psy, le mari de l’amie et une ingénue susceptible
de ravir tout homme doté d’un surplus de testostérone.
La pièce est cruelle et très drôle.
Cette pièce ainsi que la suivante, Old Saybrook, nous permettent
de faire la connaissance d’un Woody Allen peu connu sous nos
contrées. Un satiriste brillant et qui laisse plus de place
à l’hystérie au théâtre qu’au
cinéma. L’adaptation est fidèle et assez crue.
Ce qui est formidable est justement la manière dont les acteurs
s’y prennent pour nous restituer la voix de l’auteur.
Entre la franche parodie, le délire et une certaine douleur,
ils trouvent le ton juste.
Ainsi, dans Old Saybrook, un couple d’Américains moyens
fait irruption dans la maison de campagne de snobs, parce qu’ils
ont connu leur premier émoi dans cette maison, quelques années
auparavant. Cette irruption va transformer la maison en champ de bataille
et nous aurons même droit à un retournement de situation
qui n’est pas sans rappeler La rose pourpre du Caire.
Pour Woody Allen, le couple est miné par l’habitude et
survit grâce aux faux-semblants qui garantissent un voile d’oubli
jeté sur des petites trahisons (que les êtres humains
ne peuvent s’empêcher de commettre).
La petite troupe qui nous livre cette morale acidulée est tout
à fait homogène. Bernard Yerles et Pascale Arbillot
ont été vus dans maints téléfilms estampillés
TF1 ou France Télévisions. Ils nous font oublier ce
passé et se donnent à cœur et à corps perdus.
Valérie Karsenti qui jouait dans Un petit jeu sans conséquence
au théâtre est formidable aussi bien dans le délire
que dans la fragilité.
Mention spéciale pour un comédien qui survole les pièces
de son talent : Xavier Gallais. Cela faisait longtemps qu’on
n’avait pas vu un clown aussi déjanté, avec une
palette complète.
Réussir à adapter l’esprit de Woody Allen sans
faire tomber la représentation, ni dans le théâtre
de boulevard, ni dans l’abstraction, voilà qui mérite
nos applaudissements et qui nous fera patienter avant son prochain
film sur nos écrans.