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     SPeCTaCLeS
 
TURNING
Antony & The Johnsons
with Charles Atlas

L’Olympia, le 7 novembre 2006
Boy meets girl...


Un : Antony.
Huit : The Johnsons.
Treize : mannequins, transsexuels.
Deux : sexes. Homme et femme, homme-femme, masculin-féminin
Infini : la beauté hors-norme de cette performance.

La voix de Martin Luther King vient de se taire.

Les Johnsons, huit silhouettes noires, arrivent sur scène. Frémissement dans le public : les treize amies d’Antony entrent par le côté gauche de la salle, se placent devant la scène et se tournent vers nous. Exposées à nos regards. Elles accueillent avec calme et sérénité notre hommage. Puis s’assoient au premier rang. La lumière vient baigner la scène : Antony est au centre. Accordeur de sons, accordeur de corps.

Présentée ainsi, hors de leur communauté et débarrassée de tout poncif - sans exhibition, strass ni cliché -, la famille fragile et transgressive des transsexuels se transforme en un manifeste bouleversant de respect, de pudeur et de beauté.

Une chanson, un hommage , une femme: elle monte sur scène et se place sur un dispositif tournant (turning). Filmée par deux caméras qui projettent l’image de son visage sur un écran géant tendu derrière Antony,elle se dédouble, ses traits se croisent, construisant et déconstruisant une identité, une personnalité étrange et sublime.

Devant, Antony est Un. Il est voix et maîtrise absolues, douceur et puissance. Les Johnsons, bête hybride à huit têtes et corps unique pour des symphonies vibrantes, offrent leurs sons parfaits à la voix et aux corps qu’ils accompagnent.

Dans l’espace ouvert de la scène, ce n’est pas le mot "sexe" qui est privilégié, mais les notions d’identité et de transformation. L’envie nait d’inventer un nouveau mot, d’élargir le vocabulaire, comme notre conscience est soudainement plus ouverte, pour parler d’elles. D’il devenu elle, devenu ille.

Une chanson, une ille. Troublante. Evidente. Enchevêtrement de genres et de beautés, d’âges et de couleurs, de cuir et de satin, de courbes et d’arêtes. Un trouble qui s’estompe puis renaît à chaque apparition, nimbée, illuminée par la voix d’Antony. Toujours au centre de la scène, visage d’enfant, stature de diva, corps immense et sculptural, mains qui étreignent la musique ciselée des Johnsons, la capturent et nous la tendent. L’ambivalence de sa personnalité s’approche par ses paroles, se lit sur son visage, se vit à travers sa voix. Le public est hypnotisé. Exposé à ses propres limites face à une performance qui conjugue esthétisme et émotion, beauté et quête.

"One day, I’ll grow up to be a beautiful woman… But today I’m a child. For today I’m a boy." Les gorges se nouent, l’Olympia n’est plus qu’un bloc d’émotion, la voix d’Antony s’infiltre "intimus et in cute", au plus profond et sous la peau. Devant les caméras, ille doit avoir une vingtaine d’année. Torse nu. Seins ivoires minuscules qui pointent et provoquent, moue boudeuse, cheveux bruns, dos ondulant, jeans plantés dans le sol. Indifférente, fragile… Unique.

A l’image de cette soirée.


Perrine Le Querrec
© Jowebzine.com - Novembre 2006


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