Voir
Fiona Apple sur scène, c’est de l’émotion
en robe et bas noirs. Une artiste incandescente.
La première fois que Fiona Apple est montée sur scène,
c’était au Théâtre Grévin, sur les
grands boulevards Parisiens. Elle avait 18 ans. Ceux qui l’ont
découverte ce jour-là ont dû patienter une dizaine
d’années avant de la retrouver, en train de défendre
la plupart des titres de son troisième album, à quelques
mètres des grands boulevards, au théâtre des Folies
Bergères, le 10 avril 2006.
Est-ce que l’attente valait le coup ? Certes oui, Fiona avait
bouleversé ceux qui la virent parce qu’elle dégageait
une émotion intense alliée à un sens inné
de la mélodie. Dès 1996, certains étaient déjà
convaincus que Fiona Apple était une artiste phénoménale.
Aujourd’hui comme hier, sa présence sur scène
peut évoquer un chaman, une pythie. Elle s’incarne dans
ses chansons. Elle tord le bas de sa robe, elle boxe dans le vide
et les trémolos de sa voix sortent d’un domaine où
peu d’êtres osent s’aventurer : domaine de la douleur
revendiquée et transcendée. La douleur devenue œuvre
d’art. Elle chante jusqu’à défaillir, jusqu’au
point de rupture.
Qu’il s’agisse d’une rupture avec un amoureux ou
du malaise existentiel, Fiona ensorcelle son public à la fois
enthousiaste et respectueux. Et comme me le faisait remarquer ma voisine
"Elle est tellement expressive qu’on voit ses yeux de n’importe
quel coin de la salle".
Fiona a toujours agi ainsi : sa vie est sa matière première.
En offrant aux autres des albums qui reflètent son paysage
intérieur, elle nous tend un miroir dans lequel nous nous voyons
sans fard.
Face à la singularité de Fiona, une artiste, peu importe
les quelques désagréments qui nous furent imposés.
Peu importe que le personnel des Folies Bergères nous donne
l’impression d’effectuer un stage de recrutement pour
le service d’ordre de l’UMP. Peu importe que le groupe
actuel de Fiona ait tendance à "gérer" les
mélodies de la dame. Ils l’encadrent plus qu’ils
ne l’accompagnent. Les claviers et la batterie sont un brin
frimeurs. Et il faut attendre la dernière chanson, Parting
gift, que Fiona interprète piano solo pour comprendre qu’on
eut souhaité au moins deux ou trois titres joués de
telle transcendante manière.
En fait, un peu d’histoire s’impose. Ce troisième
album a failli ne jamais voir le jour. La Major ayant demandé
à Fiona de revoir sa copie. L’album qui avait été
produit par Jon Brion a été retravaillé par Mike
Elizondo, producteur entre autres de Dr Dre. Du coup, à sa
sortie, qui avait été longtemps attendue, l’album
a été un succès aux Etats-Unis et Fiona y a retrouvé
un statut d’étoile montante plutôt que filante.
Elle a fait une vingtaine de dates en première partie de Coldplay
et y a rodé le show que nous avons vu. Efficace mais sans supplément
d’âme.
Le travail effectué par l’artiste lors du passage des
titres du disque à la scène est remarquable. Fiona Apple,
sur scène, se sert de ses lamentos comme d’armes fatales
! Ma voisine me disait que Fiona avait la même présence
qu’une star de la soul, une Aretha Franklin. Ma voisine avait
raison.
La très jolie et très simple Marie Gillain assistait
aussi au concert qui dura une heure intense et 45 minutes vibrantes.
Je suis certain que Marie Gillain a apprécié certains
moments, quand Fiona a chanté Extraordinary machine ou red,
red, red par exemple. Je suis certain que, par la suite, Marie Gillain
s’est repassé le dernier album de Fiona en le trouvant
de mieux en mieux au fur et à mesure des écoutes.
Si Marie Gillain n’a pas pensé ou ressenti cela, elle
peut toujours me contacter, je me ferais un devoir de la rencontrer
et d’apporter des arguments pour la convaincre !