ARCTIC MONKEYS
Le 30 avril 2006
au Transbordeur - Lyon
Ces
enfants-singes crachent les tubes comme d’autres respirent,
dans le plus simple appareil et sans sourciller un seul instant. Dont
acte, au Transbo de Lyon.
Je dois avouer que ce petit groupe de Sheffield m’indisposait
quelque peu. Il y a quelques mois, voir ces quatre gouapes de mon
âge montés en flèche par une presse en mal de
sensations fortes, ou atteinte d’un jeunisme aigu, c’était
plutôt agaçant. De plus, leur look ne me disait trop
rien (survêt, baskets), leurs références un peu
limitées et faciles non plus (Oasis, Kings Of Leon…)…
Alors, j’ai tourné les talons. Snob que je suis.
Cependant, j’ai acheté le CD, sans trop savoir pourquoi.
D’arrachée. Comme ça. Petit chroniqueur que je
suis. Et j’avoue que j’ai été soufflé
par la force de certaines chansons plutôt bien chantournées.
A part cela, le grand frisson n’est pas survenu… 30 avril,
concert au Transbo, pris dans la mouvance, j’y vais. Comme mu
par le chant des sirènes…
Après une sacrée bonne première partie (Milburn),
les jeunots font leur entrée sur scène. Le public est
ravi, eux aussi. Ils démarrent en trombe comme sur l’album
et font trembler les vieilles fondations de la salle… Tout le
monde connaît les chansons (succès du premier album oblige),
même les nouvelles (Who the fuck are Arctic Monkeys ?, par exemple,
robotique et roborative à souhait).
Alex Turner assure incroyablement et semble avoir vingt ans de métier
derrière lui. A part cela, niveau jeu de scène, c’est
sobre… Pour ne pas dire abyssale. Non, les Arctic Monkeys ne
sont pas des bêtes de scène (comme on dit), et n’ont
ni l’aura de Alan Donohoe, ni l’envergure d’un Alex
Kapranos, ni même la beauté létale des Kills.
Allons bon ! Leurs chansonnettes pop/punk/foutraques se suffisent
bien à elles-mêmes. Il est vrai que les chichis scéniques
ad nauseam façon Kaiser Chiefs (horreur, malheur !) sont proprement
proscrits dans le cas des Monkeys, puisque eux ont des chansons à
proposer, pas de la soupe aux endives froide. Et c’est, in fine,
tout ce qu’on demande à un groupe de musique.
Le concert est fulgurant et expédié à fond de
train. Au bout d’une heure et des poussières, ils mettent
les bouts. Pas de rappel, pas plus de folie, pas de grands délires
mais beaucoup d’humanité. Voilà ce qui me touche
chez les Monkeys. Plus que des chansons, ce sont des saynètes
de la vie quotidienne, narrant les aventures et mésaventures
de gosses de Sheffield, avec leur langage, leurs caractéristiques
propres, leur façon de penser… Des gamins qui parlent
aux gamins, sans voile de pudeur, sans embellir, ni dévoyer.
Du réalisme, quoi. Bien que ce soit un concept galvaudé
jusqu’à la lie, le réalisme, de Mark Twain à
Salinger ou de Leadbelly à The Streets… Mais enfin, de
l’humanité et des chansons, ça suffit à
soulever une salle pleine comme un œuf, et c’est ce que
j’ai vu de mes yeux vus dimanche dernier. C’était
comment ? Et bien, c’était beau.