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     SPeCTaCLeS
 
JEROME ATTAL
Le Réservoir
Mercredi 16 mars 2005
Dans une rue un peu coupe-gorge d’un quartier qui hésite encore (plus pour longtemps, sans doute) entre bo-boïsme et mal-famisme, on trouve une façade marron pas clinquante pour deux sous. Derrière, c’est le Réservoir, sorte de concept restau-bar-salle de concert à la déco néo-classique, miroirs et glaces d’époque un peu partout plâtrés dans les murs, rosaces dorées au plafond, bergères de-ci de-là… Bref, pas pop du tout comme style. Plutôt jeune bourgeoisie décadente qui se serait aménagé un antre avec les meubles de famille. Et ça tombe bien, parce que le public ce soir, il est pas vraiment rock non plus. Rather jeunesse bien mise, pantalon à pinces-chemise-mocassins pour les boys, jupe ou jeans seyants, petit débardeur à fines bretelles pour les girls - assez avenantes d’ailleurs pour la plupart, avec un taux de pas mal du tout très largement au-dessus de la moyenne-. Vu de l’extérieur, on résumera qu’on a affaire à une audience plutôt rangée, souriante et bien élevée qu’on serait moins surpris de rencontrer à Auteuil-Passy que dans ce fin fond du XIe arrondissement. C’est cette ambiance légèrement décalée qu’on percevait déjà sur la photo de la jaquette du dernier disque.

Une première partie avec la très sympathique french-pop de Convertible (bien clean, bien envoyé, ils sont jeunes, on pense à un groupe de grande école, HEC, Centrale…) et après une courte pause Corona au goulot (ça fait un peu tache au milieu de toutes ces flûtes de champagne, mais bon…) on est heureux de voir arriver sur scène ceux qui nous avaient tant épatés il y a quelques mois à la sortie de leur album Live. Cyrille Fournel à la batterie, Mathieu Zazzo aux guitares (dont une superbe Rickenbacker) et Frédéric Rouet aux claviers (et accessoirement à la basse) sont parfaits. Discrets, fins et efficaces, ils distillent une pop précise, inventive et très touchante sur laquelle Jérôme Attal dit ses textes . Quoique par moments, il les chante aussi, d’une voix qu’il choisit de saturer dans les graves. Les textes très originaux, très cinématographiques, très touchants de ce grand littéraire mériteraient une salle un peu moins bruyante, un peu moins café-concert : on le verrait mieux dans un contexte plus feutré, plus attentif. Ce soir, il faut se faufiler vers les premiers rangs pour être un peu "dedans". Vers le bar, ça clope, ça bavasse entre minettes et c’est pénible ; il se passe quelque chose de fort, de rare et d’intense ici ce soir et il y en a qui jacassent en sirotant des cocktails à la vodka, le dos tourné à l’estrade. Oui, vraiment, on rêve d’une jolie salle avec des fauteuil rouges et un joli son bien balancé pour déguster ce moment dignement. Bientôt ?

Jérôme Attal est en forme ce soir: il sautille, à l’aise. L’humour (pince sans rire) introduit les morceaux que les gorgées de thé au mug concluent : il y a un style, une classe, un courant qui passe. Les citations érudites (de Sophocle à Nietzche) sont commentées, prises à contre-pied avec un air de pas y toucher absolument hilarant. L’homme est attachant. On le sent sincère, en dehors du système. Un peu albatros avec ses grandes ailes. Après un short-set d’une douzaine de morceaux (dont pas mal de nouveaux), il est rejoint sur scène par la charmante Clémentine de Convertible pour un beau Quand tu ne m’aimeras plus en duo. En rappel, ce sera le tubesque La chaîne du froid, dont le tempo entraînant a un petit quelque chose de la bonne variété d’antan. C’est fini.

On a vu Jérôme Attal quitter la salle peu après, seul, son mug à la main.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Mars 2005



Jérôme Attal en concerts au Réservoir (Paris XIe) les lundis 17/24/31 octobre 2005
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