Mise en scène de George Werler
Avec Michel Bouquet
et Juliette Carré
Théâtre de la Porte St Martin
18, boulevard Saint Martin
75010 Paris
Jusqu’au 28 février 2007
Le
public acclame Michel Bouquet dans l’Avare au théâtre
de la Porte Saint Martin. Une ovation qui témoigne sans doute
plus d’un respect pour la carrière de l’immense
comédien que d’un enthousiasme pour sa prestation dans
la pièce.
Harpagon est un vieillard, radin jusqu’à la caricature.
Il maintient sa maison dans une austérité telle que
ses enfants en sont réduits à emprunter pour s’habiller,
et que son cuisiner (qui est aussi son cocher) est bien en peine de
préparer un menu.
Mais sa radinerie ne l’empêche pas d’avoir des vues
sur une pauvresse à la beauté remarquable, sans savoir
que la jeune fille est aussi convoitée par son propre fils.
Molière joue à merveille sur les imbroglios amoureux
et les quiproquos pour ravir les spectateurs du début à
la fin, une fin en forme de feu d’artifice où l’on
va de surprises en rebondissements jusqu’à l’extravagance.
C’est un plaisir de (re)trouver ce texte ciselé qui surprend
par son dynamisme, sa richesse et sa modernité. Bien qu’écrite
1668, la pièce n’a rien à envier aux productions
contemporaines pour ce qui est des ressorts comiques.
Heureusement d’ailleurs, car il faut tout le génie de
Molière pour rattraper une mise en scène vulgaire et
des costumes vraiment atroces.
Michel Bouquet est ainsi affublé d’un accoutrement ridicule
de bouffon, et Cléanthe (le fils d’Harpagon) est attifé
comme le Francis Lalanne des pires années. L’entrée
du seigneur Anselme est aussi un monument de mauvais goût et
de ridicule (on appréciera les porteurs à tête
de cheval et les hennissements préenregistrés !).
Georges Werler (le metteur en scène) a sans doute pensé
donner une touche de modernité à la pièce (qui
n’avait vraiment pas besoin de ça !) en ne plaçant
pas l’action dans son époque.
Mais, si les costumes se veulent modernes, le jeu des comédiens
est généralement plat et convenu. Ils récitent,
pour la plupart d’entre eux sans cœur, et ânonnent
leur texte sans sentiment.
Michel Bouquet campe quant à lui un Harpagon à la voix
rauque, rude, rocailleuse et pour tout dire assez pénible à
supporter (avec tout le respect dû à ce comédien
remarquable). Je ne crois pas, pour l’avoir entendu il y a peu
à la radio, qu’il ait naturellement une telle voix. Alors
pourquoi prêter à Harpagon des accents de Galabru ?
C’est au final Benjamin Egner (Valère à la scène)
qui est le meilleur de la troupe, heureusement soutenu par une Frosine
remarquable et un Maître Jacques assez bon.