| Jean-François
Balmer incarne un Baudelaire vivant, loin de Lagarde et Michard. Il
nous rappelle que l’auteur des Fleurs du mal avait un caractère
de cochon.
Dans une rue calme du 16ème arrondissement de Paris, on peut
actuellement entendre Jean-François Balmer dire des extraits
des œuvres intimes de Baudelaire, œuvres qui ont été
publiées sous le titre de Fusées ou Mon cœur
mis à nu. Cela se passe dans le cadre du Théâtre
du Ranelagh. Un endroit charmant aux fauteuils en bois et qui ressemble
à une bonbonnière.
Le contraste est d’autant plus grand
entre ce quartier tranquille, ce théâtre si mignon
et le texte parfumé à la nitroglycérine que
nous balance Balmer. L’étonnement vient du fait que
l’on croit connaître Baudelaire et qu’on en a
certainement une idée toute faite. L’homme est un peu
oublié et l’œuvre se réduit, dans l’imaginaire
collectif, aux Fleurs du mal.
Ce spectacle vient nous rappeler que Baudelaire
est avant tout une somme de souffrances et de contradictions. Un
être humain capable de fulgurances mais aussi de haine frôlant
la bêtise. Ainsi, nous sommes stupéfaits d’entendre
Baudelaire parler avec 150 ans d’avance des dangers de la
mondialisation. Nous sommes peu après accablés des
piques du même auteur sur les femmes qui font preuve pour
le moins de misogynie. Cependant, en ce qui concerne Baudelaire,
il faudrait plus véritablement parler de misanthropie.
Quand au long passage éructé
par Balmer dans lequel il laisse libre cours à sa détestation
des Belges, il faut imaginer que pour Baudelaire les Belges sont
l’équivalent de ce que seraient pour nous aujourd’hui
les touristes américains ou japonais. La bêtise des
autres le heurte parce qu’elle fait partie du genre humain.
Ce spectacle est à voir car il nous
rappelle combien l’artiste doit avoir les nerfs à vif
et les sens exacerbés pour créer. Balmer rend admirablement
la colère voire la rage du poète devant le monde qui
l’entoure.
Et puis, lorsque Baudelaire dérape,
nous éprouvons un peu plus de tendresse pour les écrivains
contemporains qui sortent des contrevérités avec une
régularité de métronome.
Un mot sur la prestation de Jean-françois
Balmer : il entre par la salle en frac et haut-de-forme. Muré
en lui-même et teigneux, il finit par incarner Baudelaire.
Il passe d’une table à une autre table, du fond de
la scène à son bord et va jusqu’au bout de la
folie de l’auteur. À tel point qu’une fois le
spectacle terminé, il semble gêné par les applaudissements.
Philippe Sendek
©Jowebzine.com – Septembre 2003
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