Untitled Document
 

     SPeCTaCLeS
 
BAUDELAIRE DIT PAR BALMER
JOURNAUX INTIMES


Théâtre du Ranelagh
5, rue des Vignes
75016 Paris

Tél. 01 42 88 64 44
Jean-François Balmer incarne un Baudelaire vivant, loin de Lagarde et Michard. Il nous rappelle que l’auteur des Fleurs du mal avait un caractère de cochon.


Dans une rue calme du 16ème arrondissement de Paris, on peut actuellement entendre Jean-François Balmer dire des extraits des œuvres intimes de Baudelaire, œuvres qui ont été publiées sous le titre de Fusées ou Mon cœur mis à nu. Cela se passe dans le cadre du Théâtre du Ranelagh. Un endroit charmant aux fauteuils en bois et qui ressemble à une bonbonnière.

Le contraste est d’autant plus grand entre ce quartier tranquille, ce théâtre si mignon et le texte parfumé à la nitroglycérine que nous balance Balmer. L’étonnement vient du fait que l’on croit connaître Baudelaire et qu’on en a certainement une idée toute faite. L’homme est un peu oublié et l’œuvre se réduit, dans l’imaginaire collectif, aux Fleurs du mal.

Ce spectacle vient nous rappeler que Baudelaire est avant tout une somme de souffrances et de contradictions. Un être humain capable de fulgurances mais aussi de haine frôlant la bêtise. Ainsi, nous sommes stupéfaits d’entendre Baudelaire parler avec 150 ans d’avance des dangers de la mondialisation. Nous sommes peu après accablés des piques du même auteur sur les femmes qui font preuve pour le moins de misogynie. Cependant, en ce qui concerne Baudelaire, il faudrait plus véritablement parler de misanthropie.

Quand au long passage éructé par Balmer dans lequel il laisse libre cours à sa détestation des Belges, il faut imaginer que pour Baudelaire les Belges sont l’équivalent de ce que seraient pour nous aujourd’hui les touristes américains ou japonais. La bêtise des autres le heurte parce qu’elle fait partie du genre humain.

Ce spectacle est à voir car il nous rappelle combien l’artiste doit avoir les nerfs à vif et les sens exacerbés pour créer. Balmer rend admirablement la colère voire la rage du poète devant le monde qui l’entoure.

Et puis, lorsque Baudelaire dérape, nous éprouvons un peu plus de tendresse pour les écrivains contemporains qui sortent des contrevérités avec une régularité de métronome.

Un mot sur la prestation de Jean-françois Balmer : il entre par la salle en frac et haut-de-forme. Muré en lui-même et teigneux, il finit par incarner Baudelaire. Il passe d’une table à une autre table, du fond de la scène à son bord et va jusqu’au bout de la folie de l’auteur. À tel point qu’une fois le spectacle terminé, il semble gêné par les applaudissements.

Philippe Sendek
©Jowebzine.com – Septembre 2003

Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés