Il
est plutôt gênant, voire déplacé, d'écrire
un papier négatif sur une salle de spectacle qui participe
au renouveau culturel d'une ville. Grâce à l'Agora, les
Havrais disposent depuis quelques années d'un café concert
agréable, fort d'une programmation variée et riche.
En trois ans l'Agora a vu défiler quelques pointures comme
Maceo Parker, Brigitte Fontaine, Sweet Apple Pie, Erik Truffaz, Arno,
Dominique A ou encore Sharko.
Pourtant, l'organisation et le déroulement du concert de Bénabar
de ce vendredi 22 novembre ont été plutôt laborieux.
Sur le papier, l'Agora peut accueillir 600 personnes, ce qui place
la salle havraise au niveau du Trabendo. Le problème est que
contrairement à cette salle où la scène est placée
face au public, lui-même réparti en paliers, la scène
de l'Agora est située dans une niche à droite de l'entrée
principale. En clair, seule une grosse moitié des 600 personnes
peut se placer face à la scène, le reste, condamné
à ne rien voir, s'agglutine le long du bar et de l'écran
de projection situé parallèlement à cette scène.
Cette deuxième moitié du public a la désagréable
impression d'assister à la simple projection d'une vidéo
alors que les musiciens ne sont qu'à quelques mètres.
En bref, on a tous les inconvénients du Stade de France dans
une salle qui devrait permettre d'accéder à une certaine
intimité avec les artistes. Et je vous assure qu'il est difficile
d'applaudir un écran !
C'est donc face à cet écran, le long du bar, à
quelques centimètres d'un programmateur, à raison, euphorique
devant sa salle pleine, mais visiblement peu conscient des dizaines
de déçus que cette expérience risque de détourner
de l'Agora, que j'ai assisté à mon premier concert de
Bénabar.
La salle n'ayant ouvert ses portes qu'à 21 heures, les 600
personnes du public étaient encore massées devant l'entrée
principale au moment où le concert devait débuter. Afin
que tout se passe pour le mieux, la salle aurait du ouvrir ses portes
bien avant l'heure du spectacle comme cela se fait habituellement.
Ajoutons que le service d'ordre ayant mis un temps important pour
filtrer les entrées, c'est dans la queue que j'ai entendu les
trois premiers titres du concert. Vingt minutes plus tard, résolu
à ne pouvoir m'infiltrer au niveau de la scène, je choisis
l'option froide et un brin agaçante de l'écran de projection
cité plus haut.
Cette projection de concert bien que très frustrante m'a permis
de découvrir un artiste chaleureux, drôle et attachant,
dont les chansons prennent tout leur poids en concert. C'est vrai
qu'il y du Higelin chez ce jeune artiste, mais Bénabar a son
propre univers. Ses chansons qui paraissent sympathiques sur album
sont, jouées sur scène, de véritables petits
morceaux de bonheurs. La soirée fut frustrante mais j'ai pu
découvrir un grand chanteur populaire. En bref, vu de l'écran
ce concert avait l'air vraiment chouette !