BRIAN JONESTOWN MASSACRE
Le 08 juin 2006 à l'E.V.E. de Grenoble
La
France a eu l'heur d'accueillir les Brian Jonestown Massacre en son
sein, ce mois de juin. Récit de leur escale grenobloise. Lunaire.
Anton Newcombe, leader et génie, dément et mégalo,
carbure à la vodka-orange depuis son arrivée à
l'E.V.E vers 16h30, puis se fait les doigts sur un Hide and seek suranné.
Le moment est magique. Quelques heures et quelques brocs plus tard,
on retrouve les jeunes anglais d' iLikeTrains distiller une pop ténébreuse,
ourlée de montées d'adrénaline guitaristique
à tomber par terre. A noter: ils arborent les costumes des
Chemins de fer anglais et affichent un goût prononcé
pour les films des années 20.
Plus conventionnels, The Lovetones, menés par Matt Tow - ex-membre
deBrian Jonestown Massacre, comme tant d'autres de Black Rebel Motorcycle
Club aux Warlocks, en passant par Miranda Lee Richards - assurent
pas mal, forts d'une pop byrdsienne et stonienne du meilleur effet,
entre envolées lyriques défoncées et riffs concassés
et passés à la moulinette punkoïde. N'est pas ex-membre
de BJM qui veut.
Peu après 22h, les musiciens et les roadies, pêle-mêle,
s'occupent de l'accordage des vieilles guitares Vox ou Harmony, ainsi
que du réglage des amplis Fender Twin ou Bassman antiques.
La scène se transforme en véritable caverne d'Ali-Baba
de la chose vintage. Pendant ce temps, Anton, las d'attendre, se mêle
à la foule et passe des disques des B-52's, du punk ou du blues
des années 30, l'air goguenard sous sa casquette. Il décide
finalement de rejoindre ses musiciens, fin prêts, qui l'attendent
sur scène, guitares en bandoulière.
Et c'est parti pour une intro d'une dixaine de minutes entre Pink
Floyd époque Barrett, et Neu!. Incroyablement, le public réagit
et fait montre d'une passion sans borne pour Anton et son groupe d'allumés
-l'effet du documentaire Dig! de Ondi Timoner sans doute. Deux ou
trois ânes beuglent billevesées et interjections pas
franchement agréables en direction du groupe, mais la machine
s'est résolument envolée et plane à mille lieux
du commun des mortels imbéciles. Le son fait l'effet d'un rouleau
compresseur et Anton semble étonnamment en voix,nous gratifiant
de versions sublimées de When jokers attack, Nevertheless,
Who ou encore A new high in getting low en duo avec Matt Tow des Lovetones
-"one of his songs" dixit Newcombe.
Anton, c'est le leader et ça se voit. Il mène danse
et cadence depuis le côté de la scène, surveillant
ses musiciens (pourtant très carrés), à tel point
qu'il tourne presque le dos au public. Qu'importe, il se lance dans
d'habiles solos de guitare et fait ployer la salle sous la décharge
électrique qu'est le tube Servo. Aux tambourin et autres percus,
Joel Gion occupe la place centrale et toise le public, dédaigneux,
hautain. Frankie Teardrop balance des arpèges à la Byrds
sans ciller. Le batteur cogne sévèrement. Le bassiste
nous fait une leçon de groove... Enfin, de quoi ridiculiser
n'importe quel groupe "revivaliste" actuel.
Joel Gion, circonspect devant tant d'étudiants en chaleur,
lance un "Stay in school and do drugs" irrévérencieux.
Anton, lui, est submergé par sa musique, mais ne se prive pas
de quelques clopes, verres, remarques, insultes, remerciements ou
encore une reprise croquignolette de Ne me quitte pas de Brel, lors
des longs breaks entre les morceaux. Vous l'aurez compris, ce groupe
est autre. Tout peut arriver à un concert de BJM, certes, c'est
ce qu'on aime à dire. Mais en tout cas, - nonobstant l'aspect
drogue/alcool/folie ordinaire - ce qui peut arriver de mieux à
un gig du Brian Jonestown Masssacre, c'est ce à quoi le public
de l'E.V.E. a assisté : le sublime, l'ineffable, ce qui est
beau, et qu'on ne peut décrire, à l'instar de cette
version de plus d'un quart d'heure de Swallowtail, tout en guitares
cristallines et intersidérales, douze-cordes spatiales et blanche
mélancolie. Et un final tout en bruit blanc, déflagration
au trépan et guitares plaintives. Intemporel.