Le
concert secret de lOlympia (1er juillet dernier) avait démarré
avec le riff imparable de Stay. Un concert, ça démarre
toujours par un truc fort.
Ce soir, nous avons longuement tergiversé sur la façon
dutiliser nos précieux sésames, en poche depuis
le 20 août, unique date de mise en vente (pour répondre
à la ruée, un nouveau concert a dû être
programmé au Zénith le 25). Le dilemme : est-ce quon
sassoit tranquillement sur les magnifiques sièges en
plastique rouge de lamphithéâtre, ou est ce quon
reste debout dans la fosse, tout en bas, tout près de la scène
où il est prévu quil apparaisse dici une
heure/une heure et demie ? Brefs atermoiements : la salle se remplit
vite, la fosse aussi et cest là que nous irons, au plus
près de lestrade, dans la chaleur des fans, et lodeur
des fumées de diverses origines.
Ici, lattente est presque religieuse. Peu de bruit, peu dexcitation,
mais une sorte de communion recueillie. À 20h15, la salle séteint,
cinq lettres en ampoules électriques sallument en fond
de scène : B.O.W.I.E. ; ça va démarrer fort si
jen crois mon rythme cardiaque dont je perds déjà
le contrôle ! Le pianiste (Mike Garson en personne, celui des
fantaisies dAladdin Sane !) sinstalle tranquillement,
lance une intro, on attend les autres musiciens, mais non, cest
Bowie tout seul qui arrive, tout sourire, ensemble redingote rouge
à reflets vert fluo, cheveux longs coupe au bol : Life On Mars
!
David Bowie est devant nous, à 10 mètres, et nous interprète
dentrée Life On Mars, simplement accompagné au
piano par Mike Garson. Je sais bien que ce que je décris là
laissera froids la plupart dentre vous, mais ceux qui aiment
et connaissent un peu Bowie (et il y en a beaucoup, je crois, sur
Jo Web'Zine...) comprendont.
Apparaissent ensuite les autres musiciens : Ashes To Ashes, Survive,
Breaking Glass, Cactus, China Girl Trois guitaristes (Mark Plati,
Gerry Leonard et Earl Slick en personne !), la géniale et fidèle
Gail-Ann Dorsey à la basse, un fabuleux batteur (Sterling Campbell)
et Catherine Russel aux claviers : lorchestre idéal,
impressionnant dans sa faculté à balancer chanson après
chanson lambiance et le son quil faut.
Mais cest la présence et la voix de David Bowie qui emportent
tout. Souriant, serein, jeune, beau, il magnétise littéralement
la salle par sa classe naturelle, son regard vairon et la sincérité
de son attitude. Débarrassé du besoin de se cacher derrière
des personnages (fini les Ziggy, les Alladin, les Thin White Duke )
David Jones alias Bowie chante pour nous ce soir, avec une pêche,
un allant et une grâce époustouflants.
Il commence déjà à faire chaud, mais lambiance
reste mesurée : pas de cris dhystérie, pas de
sauts ou de déhanchements rythmés, pas demmerdeurs(euses)
qui chantent en même temps pour bien montrer quils connaissent
la chanson. Ce soir cest un public de connaisseurs qui est là.
Connaisseurs et estomaqués. Émus, impressionnés
et concentrés.
Fame, Fashion et aussi pas mal de morceaux du dernier album, Heathen,
qui sonnent bien en live Et puis, presque doucement, les mythiques
accords dun Rebel Rebel, chanté soft, mais qui va démarrer
tout dun coup, cinglant, haché, métallique : la
salle sallume, explose, le pied de micro valse, cest énorme
et ça enchaîne sans transition sur un Heroes, poignant,
fort, bouleversant. Cest tellement beau dêtre là.
Et cette chaleur dans la foule, bon sang, ces gouttes sur ma figure
; je transpire des yeux ou quoi ? Je messuie discrètement,
quil ny ait pas de malentendu. Dailleurs, le concert
sachève, sur Heathen, à la manière de la
Symphonie Les Adieux, les musiciens partent les uns après les
autres et le morceau séteint doucement, progressivement...
Bien sûr, on ne va pas en rester là : on va le rappeler.
Et il va revenir, en redingote noire à reflets bleutés,
avec un harmonica, pour un étonnant A New Career In A New Town
(encore un extrait de lalbum Low), puis Sunday, et un Hallo
Spaceboy tonitruant, excitant au possible, puis Lets Dance (heureusement
raccourci) et "Ziggy played guitar...", vingt deuxième
et dernier morceau fabuleux dun show à tomber par terre.
Un peu de tenue quand même : puisons dans nos dernières
ressources pour nous traîner jusquà ces accueillants
sièges rouges en plastique déjà abandonnés
par des pressés de rentrer chez eux ; nous nous écroulons
interdits, groggies, heureux et malheureux à la fois.
Si on avait su, on aurait pris des places pour demain ! PS : Il faut
noter que pour cette tournée, David Bowie et son groupe ont
répété une cinquantaine de morceaux et que la
play list varie chaque soir tant en composition quen nombre.
Ainsi, le concert du 25 septembre a démarré sur Sunday
pour 28 morceaux en tout (dont Absolute Beginner, Alabama Song,
Changes, Moonage Dream, Starman mais pas Fashion, ni Fame, ni
A New Career ).
Sites : un fourmillement dinfos et de liens en tout genre sur
www.manofmusic.com
Les play lists de chaque concert de la tournée sont consultables
sur www.algonet.se, rubrique
Tour.