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     SPeCTaCLeS
 
LES BRAISES
D'après le roman de Sandor MARAI

Adaptation théâtrale
de Claude Rich et Sophie Cauchi
Mise en scène de Didier Long

Avec Claude Rich
et Bernard Verley

Théâtre de l’Atelier
1, place Charles Dullin
75018 Paris
Tél : 01 46 06 49 24
SOUVENIRS BRULANTS
La confrontation, 30 ans après, des protagonistes d'un non-événement lourd de conséquence dans la vie des personnages. Une très belle pièce de théâtre.


En 1945, âgé de 16 ans, Claude Rich prend le train pour Vienne et découvre la capitale d’un Empire austro-hongrois agonisant, encore divisée en zones d’occupation. "Je me souviens d’une petite librairie française où j’ai acheté d’occasion des vieilles éditions de Proust, Kafka, Claudel, Péguy. Je suis revenu à Paris avec un plein sac de livres". Le goût du comédien pour la littérature et la culture "Mitteleuropa" s’est encore renforcé lorsqu’il a tourné pour la télévision, il y a une dizaine d’années, La marche de Radetzky d’après Joseph Roth. Avec Sophie Cauchi, il a adapté le roman du Hongrois Sandor Marai, Les Braises, dont il interprète le rôle principal aux côtés de Bernard Verley.

En 1949, le général Comte von Piningen vit dans l’isolement doré de son château, coupé du monde extérieur emporté par la tourmente de l’après-guerre. Un soir, Conrad, son ami d’enfance, son camarade de l’Académie militaire de Vienne, s’invite à dîner. Le comte l’attendait depuis 40 ans. Pour régler des comptes, pour apprendre enfin la vérité, pour confronter celle qu’il a eu tout le loisir d’imaginer pendant ces longues années à ce que va lui raconter Conrad.

Scène d echasse

Un jour de juillet 1910, le général, jeune marié, organise une chasse. Conrad est derrière lui lorsque surgit un cerf. Il lève son arme, vise le cerf, se déplace, met en joue son ami qui lui tourne le dos mais qui n’ignore rien de ce qui est en train de se dérouler, reste ainsi 30 secondes, puis abaisse le canon de son fusil et quitte précipitamment la chasse. Le lendemain, il quitte le pays sans prévenir quiconque et refait sa vie "sous les tropiques".

Selon toute vraisemblance, Conrad était l’amant de Christine, l’épouse du comte, et il prévoyait de fuir avec elle après s’être débarrasser de son rival. Après son départ, le comte s’enferme dans son pavillon de chasse et évite soigneusement Christine, jusqu’à la mort de celle-ci, huit ans plus tard. Il ne lui a posé aucune des questions qui le minent : était-elle au courant des intentions de Conrad ? Avait-elle même poussé son amant à cette extrémité ?
Christine tenait un journal, son carnet jaune, que le Comte a retrouvé mais qu’il n’a jamais osé ouvrir. Ce soir-là, avec Conrad, il espère bien apprendre ce qu’il ignore encore...

Un grand numéro d'acteurs

Dans des décors et une mise en scène sobres mais efficaces, le jeu des deux interprètes est totalement sublimé. L’amour et la haine, la jalousie, la colère, le désespoir, la souffrance aussi, toute la palette des sentiments est magistralement représentée dans un condensé étonnant. La richesse des émotions que fait naître la confrontation de ces deux hommes, liés par une amitié profonde et réelle autant que par une haine folle et violente, est infinie. Claude Rich est superbe, débordant de classe et d’élégance, pudique dans sa retenue comme dans ses débordements, magnifique de solitude et de souffrance. Bernard Verley lui donne la réplique avec brio, résistant vaillamment à l’assaut des questions trop longtemps tues, continuant à maîtriser le jeu, n’accordant avec parcimonie que des réponses sibyllines. Quel duo de comédiens époustouflant !

Ne ratez pas Les Braises, une extraordinaire interprétation d’une très belle pièce...


Anne-Sophie Mehl
© Jowebzine.com - Avril 2003
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