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     SPeCTaCLeS
 
BERTRAND BURGALAT
et AS DRAGON

  
Le 3 avril 2002
Elysée Montmartre
 72, Bd de Rochechouart - 75018 Paris
Ambiance très rock’n’roll mercredi soir à l’Elysée Montmartre pour ce concert privé sous l’égide de Rock & Folk et du Mouv’.

Accueil à l’entrée assuré par le mythique Philippe Manœuvre, perfecto-santiags, bonne bouille, souriant, détendu, sympa. On a toujours eu beaucoup d’affection pour ce type. Malgré tous ses petits défauts agaçants et sa fâcheuse tendance à brocarder les trucs qu’on aime bien, il a forcément une grosse place dans notre univers d’enfant du rock dont il fut l’animateur fétiche de l’émission culte. Et ça fait bien 25 ans qu’on le connaît... 25 ans... Bon, c’est pas le moment pour une séquence nostalgie. Salut Philippe, on va essayer d’accéder à la salle en enjambant, comme de coutume, un tas de monde avachi, bière à la main et clope au bec, dans les escaliers de cet Elysée décidément mal foutu.

En jouant des coudes on arrive à pénétrer dans l’antre et on croise, à peine étonné, toute La clique : Patrick Eudeline (barbiche-lunettes noires-cheveux gras), Jérôme Soligny (le très modeste monsieur je-sais-tout), Vincent Palmer (ex-Bijou), Vallie (ex-Chagrin d’Amour), Jacno, Vincent Lamy... Tout feu le "Rock Press Club" de Canal Jimmy est là pour voir en scène ce disque (Bertrand Burgalat Meets AS Dragon) qui a snobé pas mal de monde depuis octobre dernier qu’il est sorti.

Il fait chaud, ça clope à tout va, le corps réclame désespérément une bonne bière ; mais on arrive à relativiser la soif à la simple vision du bar masqué par un agglomérat humain inhumain.

L’ambiance est sympathique, légèrement branchée sans plus, plutôt bon genre finalement. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, l’Elysée Montmartre est une sorte de hangar des années 30 situé à Pigalle : l’intérieur est on ne peut plus rock’n’roll puisqu’il n’y a pas de fauteuils (tout le monde debout !) mais un bar (inaccessible aux non-bagarreurs !), du parquet au sol, des tas de piliers et une acoustique pourrie.

Une nouvelle cruelle preuve ce soir : placés au centre de la salle, on reçoit dès le coup d’envoi du set une bouillie informe dans laquelle on reconnaît tant bien que mal les morceaux du disque (pourtant si bien enregistré, lui !). C’est vraiment frustrant : on sent que c’est super, que les musiciens (2 guitares, 2 claviers, basse, batterie) sont géniaux... mais alors : trop de basses, trop de son, on entend mal le chanteur... Comme c’est trop souvent le cas dans les concerts de rock, la compétence des mecs à la console (je n’ose parler d’ingénieurs du son) est mathématiquement inversement proportionnelle au nombre de décibels.

A tel point qu’on se rappelle qu’on avait une soif de loup : direction le bar, à contre-courant en nage indienne, on attrape nos verres... et là, curieusement, on s’aperçoit que le son devient supportable, comme atténué par l’espèce de balcon juste au-dessus. Et on comprend alors que les agglutinés du début sont, non seulement d’impénitents soiffards, mais aussi de remarquables acousticiens. Et on restera donc au bar avec eux pour regarder, au premier plan de la scène, Bertrand bidouiller un clavier plein de pédales d’effets et de fils dans tous les sens, prendre de temps à autre le micro, interpréter assez statiquement une chanson et vite revenir à sa machine infernale. À ses côtés, le Groupe assure, formidable association de musiciens adeptes d’un rock énergique mais précis, fin, efficace et inspiré. Puis, apparition soudaine d’un être androgyne, en costume-gilet-cravate-casquette à l’anglaise, qui empoigne le micro et balance un morceau avec une énergie incroyable. Déhanchements convulsifs, habités par les sons alentours... ma parole, mais c’est une fille ce grand dégingandé qui marche à la Wonder ! On apprendra à la fin qu’elle s’appelle Natacha, qu’elle vient d’intégrer les AS Dragon et je peux vous dire que cette fille-là, c’est quelque chose !
Dernier morceau, présentation des musicos, sortie de scène, pas de rappel. Fin. Vraiment rock’n’roll comme soirée, je vous ai dit.

Burgalat est déjà dans la salle, souriant, sympa. Poignée de main, "bravo Bertrand" on lui dit deux mots avant qu’il se fasse alpaguer. Il y a une fille esseulée qui fume, au milieu de l’Elysée qui se vide très lentement :
"Bonsoir"
"Bonsoir, ça vous a plu ? C’était pas mal, hein ?"
Discussion à bâtons rompus avec Valérie Lemercier, pâlotte et visiblement fatiguée.

Bonsoir Valérie, bonsoir Bertrand, bonsoir tout le monde.
On rentre à la maison plus enfant du rock que jamais. Fier et heureux de l’être. Comme vous ?


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Avril 2002
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