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DES CAILLOUX PLEIN LES POCHES
De Maria JONES

Mise en scène de Stephane Meldegg
Avec Christian Pereira
et Eric Métayer

Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère
75009 Paris

Jusqu’au 31 décembre 2003

EIRE DU LARGE
Etre figurant dans une superproduction Hollywoodienne qui délivre tous les clichés possibles sur un pays, l’Irlande, ça n’est pas gai. Heureusement Eric Métayer et Christian Pereira nous entraînent dans une farandole effrénée.


Comme le village d’Astérix, le Théâtre La Bruyère est une espèce en voie d’extinction. Contre vents et marées, ce théâtre défend la création populaire de qualité. Et s’il n’en reste qu’un, comme le village d’Astérix, ce sera celui-là.

Le théâtre La bruyère est une bonbonnière dirigée par Stephan Meldegg. Un gentil barbu qui se trouve aux caisses quand vous entrez et que vous retrouvez à la sortie. Entre temps, il aura supervisé la mise en scène de la pièce Des cailloux pleins les poches. Si vous voulez savoir à quoi ressemble Stephan Meldegg, regardez la prochaine cérémonie des Molière, à la télévision. Chaque année, il repart avec un trophée. Pour vous rafraîchir la mémoire, c’est au Théâtre La Bruyère que Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui ont créé Cuisines et dépendances. C’est encore au La Bruyère qu’a été joué l’année dernière Un petit jeu sans conséquences, chroniqué dans le Jowebzine.

Pour Des cailloux plein les poches, le décor est minimaliste : un talus d’herbe, une porte. Une toile peinte simule la mer au loin. Nous sommes en Irlande, dans un coin paumé, sûrement très beau, mais où personne ne mange à sa faim. Heureusement, on tourne un film hollywoodien censé montrer une Irlande de carte postale, une Irlande qui n’existe que dans la tête de ceux qui l’inventent. Et ces pauvres Irlandais vont gagner de l’argent en incarnant des silhouettes d’opérette, loin de leur réalité. Peut-être est-ce cette distance entre illusion et réel qui pousse les figurants à dépenser l’argent qu’ils viennent de gagner en buvant bière sur bière au pub du village.

Si le décor est minimaliste, les acteurs ne sont pas légion. Et voilà comment le miracle se produit : Christian Pereira et Eric Métayer font vivre une quinzaine de personnages. Ils passent de l’un à l’autre dans un tourbillon et ils transforment même le décor. À certains moments, on a l’impression de voir la course de char de Ben Hur, tellement leur énergie est contagieuse.

Il faut voir le délicieux lutin qu’est Eric Métayer tourner sa casquette pour être convaincu qu’il passe d’un rôle à l’autre. Il faut savoir que la représentation a eu lieu une semaine après que Métayer ait été opéré de l’appendicite. À le voir, rien n’y paraissait.

Au bout d’une heure, l’un des personnages incarnés par les deux acteurs meurt dans des circonstances particulières. Le rire se teinte alors d’amertume. Il devient réflexion sur l’essence d’un peuple. La pièce dure 1h45. Honnêtement, on aurait pu lui ôter 25 minutes, sans que la cohérence du texte en souffre. Autre bémol : le texte de la pièce est sympa, mais on aurait aimé qu’il décolle vers plus de douleur ou alors dans un franc délire. Il se situe entre les deux et telle est peut-être sa limite.

Bon… Arrêtons de couper les cheveux de Fabien Barthez en quatre. Si vous considérez que le théâtre sert à voir des acteurs en chair et en os, si vous aimez les tours de force, allez voir Des cailloux pleins les poches, vous y verrez Christian Pereira et Eric Métayer mouiller leurs chemises et ne pas se ménager pour vous emballer !


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2003

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