EIRE
DU LARGE
Etre figurant dans une superproduction Hollywoodienne qui délivre
tous les clichés possibles sur un pays, l’Irlande,
ça n’est pas gai. Heureusement Eric Métayer
et Christian Pereira nous entraînent dans une farandole
effrénée.
Comme le village d’Astérix, le Théâtre
La Bruyère est une espèce en voie d’extinction.
Contre vents et marées, ce théâtre défend
la création populaire de qualité. Et s’il
n’en reste qu’un, comme le village d’Astérix,
ce sera celui-là.
Le théâtre La bruyère est une bonbonnière
dirigée par Stephan Meldegg. Un gentil barbu qui se
trouve aux caisses quand vous entrez et que vous retrouvez
à la sortie. Entre temps, il aura supervisé
la mise en scène de la pièce Des cailloux pleins
les poches. Si vous voulez savoir à quoi ressemble
Stephan Meldegg, regardez la prochaine cérémonie
des Molière, à la télévision.
Chaque année, il repart avec un trophée. Pour
vous rafraîchir la mémoire, c’est au Théâtre
La Bruyère que Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui
ont créé Cuisines et dépendances. C’est
encore au La Bruyère qu’a été joué
l’année dernière Un petit jeu sans conséquences,
chroniqué dans le Jowebzine.
Pour Des cailloux plein les poches, le décor est minimaliste
: un talus d’herbe, une porte. Une toile peinte simule
la mer au loin. Nous sommes en Irlande, dans un coin paumé,
sûrement très beau, mais où personne ne
mange à sa faim. Heureusement, on tourne un film hollywoodien
censé montrer une Irlande de carte postale, une Irlande
qui n’existe que dans la tête de ceux qui l’inventent.
Et ces pauvres Irlandais vont gagner de l’argent en
incarnant des silhouettes d’opérette, loin de
leur réalité. Peut-être est-ce cette distance
entre illusion et réel qui pousse les figurants à
dépenser l’argent qu’ils viennent de gagner
en buvant bière sur bière au pub du village.
Si le décor est minimaliste, les acteurs ne sont pas
légion. Et voilà comment le miracle se produit
: Christian Pereira et Eric Métayer font vivre une
quinzaine de personnages. Ils passent de l’un à
l’autre dans un tourbillon et ils transforment même
le décor. À certains moments, on a l’impression
de voir la course de char de Ben Hur, tellement leur énergie
est contagieuse.
Il faut voir le délicieux lutin qu’est Eric
Métayer tourner sa casquette pour être convaincu
qu’il passe d’un rôle à l’autre.
Il faut savoir que la représentation a eu lieu une
semaine après que Métayer ait été
opéré de l’appendicite. À le voir,
rien n’y paraissait.
Au bout d’une heure, l’un des personnages incarnés
par les deux acteurs meurt dans des circonstances particulières.
Le rire se teinte alors d’amertume. Il devient réflexion
sur l’essence d’un peuple. La pièce dure
1h45. Honnêtement, on aurait pu lui ôter 25 minutes,
sans que la cohérence du texte en souffre. Autre bémol
: le texte de la pièce est sympa, mais on aurait aimé
qu’il décolle vers plus de douleur ou alors dans
un franc délire. Il se situe entre les deux et telle
est peut-être sa limite.
Bon… Arrêtons de couper les cheveux de Fabien
Barthez en quatre. Si vous considérez que le théâtre
sert à voir des acteurs en chair et en os, si vous
aimez les tours de force, allez voir Des cailloux pleins les
poches, vous y verrez Christian Pereira et Eric Métayer
mouiller leurs chemises et ne pas se ménager pour vous
emballer !
Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2003
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