Untitled Document
 

     SPeCTaCLeS
 
JOHN CALE AND BAND

Le mardi 21 février 2006
au Ninkasi - Lyon
John Cale : le farfadet de l’avant-garde, le grand sorcier pop, l’ultime alchimiste sonore ! John Cale - dont on ose à peine rappeler le pedigree tant celui-ci donne des vertiges - était à Lyon et a donné un concert d’une rare fulgurance.


Beaucoup le considèrent comme étant à l’origine du son déglingué et cinglant du Velvet Underground, pour lequel il tenait un rôle assez peu défini : violon électrique cerbère, guitares du tonnerre et psalmodies de l’enfer. Est-ce à lui que nous devons ce son rugueux, cette subversion implicite, cette ironie détonante, ce dandysme électrique et imperturbable, ce white flash ? Ou est-ce plutôt à Lou Reed, son frère ennemi, véritable Bukowski de la chose rock’n’roll ? Le vieux débat… En tout cas, c’est bien à J.C. que l’on doit le son reptilien et cinglant des Stooges sur leur premier album (en 1969). Une expérience extrême. A l’instar de ce I wanna be your dog, éructé par un Iggy Pop encore pubère. Un véritable brûlot nihiliste, hanté du début à la fin par le clavier de John Cale, désireux d’apporter sa pierre à l’édifice.

Ce soir, ce sont toutes ces images, ces légendes qui ressurgissent, telles des remontées d’acide. Déjà toute acquise à la cause, la foule (très compacte ce soir) s’avance vers la scène. Et puis c’est le flash : après une intro taillée au trépan (comprendre : dix minutes de bruit blanc), John Cale, moitié loup, moitié mec, arrive par la droite d’un pas hiératique, attrape sa viole électrique et se lance avec son Band dans une version sublimée de Venus in furs du Velvet Underground. Sa voix oscille entre grave et graveleux, son instrument chuinte et vagit, c’est un véritable orgasme qui nous prend le corps. Venus in furs et ses inénarrables paroles, signées Lou Reed (qui d’autre aurait pu ?), véritable apologie au SM et à la violence gratuite ("Taste the whip of shiny leather", traduction : "Goûte au fouet de cuir luisant"). Formidable entrée en matière… John Cale éblouit et hypnotise d’entrée de jeu. Son aura légendaire aura raison du public, totalement médusé et béat.

Puis place à des titres plus personnels, piochés ici ou là, de Paris 1919 à son dernier opus en date, Black acetate (2005), fantastique album de pop synthétique, regorgeant de trésors à la grandiloquence baroque’n’roll. Ce soir, c’est plutôt à un rock cosmique de fin du monde auquel s’adonnent le vieux John (il a 64 ans, excusez du peu, mais n’a rien d’un valétudinaire) et son groupe (un bassiste sosie de Steve Lukather, un guitariste tout aussi requin de studio et un grand batteur black à l’exacte opposée de Mo Tucker, c'est-à-dire véloce...).

Notre vieux briscard est impénétrable, déballant un lot de chansons aux sonorités variées, de la folk-song dylanienne (Heartbreak) au rock pied au plancher (Turn the lights on), en passant par la symphonie électronique (Magritte) et le krautrock cinglant à la Eno (avec qui il a travaillé). Variées mais à l’indéniable cohérence. Aussi, l’ancien Velvet n’ennuie jamais, même lors de ses longs délires post-rock à coups de guitares hurlantes et infra basses, passant du clavier à la guitare (et vice-versa) sans coup faillir et à bride abattue. C’en est vertigineux.

Contrairement à sa réputation de fruste personnage, il caresse son public dans le sens du poil en le gratifiant d’une relecture racée de Femme fatale, faisant ainsi renaître le fantôme de la belle Nico, égérie des années Factory de Warhol. Ciselant des rythmes lancinants et claustrophobes, John Cale va chercher sa voix si profondément que ç’en est épatant.

Il exécute Outtathebag du dernier album de brûlante manière. On jurerait, à ce moment précis, entendre une chute de studio des… Dandy Warhols ! Une tuerie : voix de fausset, refrain malin et irrésistible, synthés lunaires et riffs stoniens en totale roue libre. Alors que le public est au bord de l’apoplexie, Cale lance une ou deux ballades folk. Puis un blues du futur. Puis du bruit blanc. Puis plus rien… Après une version ébouriffante de Heartbreak ("hand in hand, forever"), John Cale, en véritable boxeur sonné et hirsute, quitte la scène du Ninkasi comme il y est monté : en prince déchu, en poète électrique, en seigneur… Enfin, c’est comme vous voudrez.


Gabriel Pereira
© Jowebzine.com - Février 2006



Sites
- www.john-cale.com (site officiel)
- members.aol.com/olandem/vu.html (site intéressant pour les fans enragés du Velvet Underground)
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés